Anaïs Michel, seule à la barre

2 juillet 2020

©️ All Things Gym

Anaïs Michel, seule à la barre

2 juillet 2020

©️ All Things Gym

Anaïs Michel, seule à la barre 

2 juillet 2020

©️ Louis Defer Photographe

Dans l’imaginaire collectif, les haltérophiles sont des colosses à la force démesurée. Des milliers d’athlètes au gabarit bien différent réalisent pourtant des prouesses invraisemblables. C’est le cas d’Anaïs Michel, qui, à 32 ans, rêve de ses premiers Jeux Olympiques, et d’une nouvelle vie loin des barres et des plateaux.

©️ Louis Defer Photographe

Comment se sont déroulés les deux mois de confinement de ton côté ?

J’ai eu la chance de pouvoir m’entrainer en continu ! Lorsqu’ils ont annoncé la fermeture des enceintes sportives, j’étais en stage au CREPS de Toulouse. Il a fermé presque sans prévenir, le vendredi soir. Je n’avais jamais vu ça.
Le weekend d’après, j’étais chez mon père à la campagne. Le temps de faire un aller-retour pour chercher un plateau, une barre et des poids, et j’y suis restée deux mois. Il est agriculteur donc j’ai de la chance. J’avais de la place, même si j’étais au milieu des vaches (rires). Grâce à ça j’ai pu tenir un niveau à peu près correct.

Avant les Jeux de Rio en 2016, tu disais déjà vouloir arrêter l’haltérophilie. Pourtant tu es encore là…

(rires) J’ai l’impression que le sort s’acharne… Non je plaisante, mais ça recule encore une fois l’échéance. En 2016, les quotas de sélection étaient collectifs, donc ça ne dépendait pas que de moi. J’étais en course pour faire partie des deux qualifiées françaises, mais finalement pour un point, notre quota est repassé à une athlète sélectionnée. Ça a été la douche froide, parce que j’étais deuxième toute catégorie confondue derrière Gaelle Nayo-Ketchanke. C’est elle qui est allée aux Jeux.

Maintenant, la qualification est individuelle ce qui est un avantage pour moi, étant donné que je suis la meilleure européenne. 

En quelques mois, l’arrivée au plus haut niveau

Tu avais prévu d’arrêter juste après les Jeux de Tokyo cet été ?

J’avais prévu de prendre une année pour récupérer. Ça fait très longtemps que je fais du haut-niveau, et je n’avais pas réellement coupé depuis des années. Je fais passer en priorité ma reconversion pro, et rentrer en école de kiné. Pour moi, c’est assez ambitieux, parce que ça fait un bout de temps que je ne suis pas allée à l’école. Donc ce n’était pas arrêter brutalement, mais plus lever le pied au moins un an pour voir comment mon corps réagit. Me laisser du temps et écouter mon corps.

Anaïs Michel souriante après avoir lâché la barre
© All Things Gym

Tu as débuté l’haltérophilie, sport méconnu du grand public, sur le tard. Comment as-tu découvert la discipline ?

Par mon oncle ! Il travaillait dans une salle de muscu et un jour, il m’a invité à essayer. Je ne connaissais pas du tout et je pratiquais du sport en UNSS, sans vraiment en choisir un en particulier. J’ai adoré le côté explosif et j’ai tout de suite compris le geste. J’avais 17 ans.

Mes progrès étaient visibles et très encourageants. En 6 mois, je suis devenue championne de France, et un an et demi après mes débuts, on m’a proposé d’intégrer l’INSEP. Les Jeux sont immédiatement devenus mon principal objectif, et je me bats encore pour ça aujourd’hui.

Femme, mais pas intrus

L’haltérophilie exige beaucoup de travail pour quelques secondes d’actions. Qu’apprécies-tu le plus dans ton sport ?

C’est vrai que quand ça marche, c’est génial ! (rires) C’est à double tranchant. C’est ça qui me plait le plus ouai : le jour J les heures de travail se résume à quelques secondes sur un geste précis. L’adrénaline en compétition, le plateau, et le fait qu’une barre et les poids pèsent lourds… ça rajoute quelque chose. Tu travailles tellement et d’un coup le geste devient fluide, presque aérien. Ça explose en quelques secondes, c’est millimétré. Quand tu arrives à mixer cette coordination avec le travail technique de trajectoire, c’est magique.

Anaïs Michel se préparant en mettant du talc dans ses mains
© All Things Gym

Penses-tu, en tant que femme, devoir te battre plus qu’un homme pour te faire une place ?

Je suis plutôt positive par rapport à ça. De plus en plus de femmes pratiquent, et ça se voit dans les chiffres. Un « effort » est fait pour promouvoir le sport féminin. Je ne me sens pas lésée par rapport aux garçons. Au contraire, c’est de mieux en mieux. Il reste un long chemin à parcourir, mais petit à petit on parle de sport. Moins de sport féminin. 

L’an passé aux championnats du monde, tu termines 10ème en battant le record de France des moins de 49kgs*. Pourtant, tu t’imposes comme la meilleure en Europe. Comment expliques-tu une telle différence de niveau entre le Vieux Continent et le reste du monde ?

C’est vrai qu’en Asie par exemple, c’est culturel. On a fait un stage au Japon et ils ont énormément de pratiquants. Nous étions dans une université avec des salles énormes, qui contenaient parfois 50 plateaux. C’était monstrueux. Et plus il y a d’athlètes, plus tu as de chance de voir émerger un champion.

En Amérique du Sud le niveau est très élevé également, avec la République Dominicaine ou la Colombie. Et puis la pratique se développe beaucoup aux Etats-Unis. Ils ont des jeunes pépites qui commencent à arriver au plus haut-niveau et battent des records. 

* le 19 septembre 2019 à Pattaya (Thaïlande), Anaïs Michel améliore de 3kgs le record de France de Manon Lorentz, avec un total de 180kgs. 

Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Dans l’imaginaire collectif, les haltérophiles sont des colosses à la force démesurée. Des milliers d’athlètes au gabarit bien différent réalisent pourtant des prouesses invraisemblables. C’est le cas d’Anaïs Michel, qui, à 32 ans, rêve de ses premiers Jeux Olympiques, et d’une nouvelle vie loin des barres et des plateaux.

Anaïs Michel souriante après avoir lâché la barre
© All Things Gym
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Anaïs Michel 
• Née le 12 janvier 1988
• Haltérophilie

Comment se sont déroulés les deux mois de confinement de ton côté ?

J’ai eu la chance de pouvoir m’entrainer en continu ! Lorsqu’ils ont annoncé la fermeture des enceintes sportives, j’étais en stage au CREPS de Toulouse. Il a fermé presque sans prévenir, le vendredi soir. Je n’avais jamais vu ça.

Le weekend d’après, j’étais chez mon père à la campagne. Le temps de faire un aller-retour pour chercher un plateau, une barre et des poids, et j’y suis restée deux mois. Il est agriculteur donc j’ai de la chance. J’avais de la place, même si j’étais au milieu des vaches (rires). Grâce à ça j’ai pu tenir un niveau à peu près correct. 

Avant les Jeux de Rio en 2016, tu disais déjà vouloir arrêter l’haltérophilie. Pourtant tu es encore là…

(rires) J’ai l’impression que le sort s’acharne… Non je plaisante, mais ça recule encore une fois l’échéance. En 2016, les quotas de sélection étaient collectifs, donc ça ne dépendait pas que de moi. J’étais en course pour faire partie des deux qualifiées françaises, mais finalement pour un point, notre quota est repassé à une athlète sélectionnée. Ça a été la douche froide, parce que j’étais deuxième toute catégorie confondue derrière Gaelle Nayo-Ketchanke. C’est elle qui est allée aux Jeux.

Maintenant, la qualification est individuelle ce qui est un avantage pour moi, étant donné que je suis la meilleure européenne. 

En quelques mois, l’explosion au plus haut niveau

Tu avais prévu d’arrêter juste après les Jeux de Tokyo cet été ?

J’avais prévu de prendre une année pour récupérer. Ça fait très longtemps que je fais du haut-niveau, et je n’avais pas réellement coupé depuis des années. Je fais passer en priorité ma reconversion pro, et rentrer en école de kiné. Pour moi, c’est assez ambitieux, parce que ça fait un bout de temps que je ne suis pas allée à l’école. Donc ce n’était pas arrêter brutalement, mais plus lever le pied au moins un an pour voir comment mon corps réagit. Me laisser du temps et écouter mon corps.

© All Things Gym

Tu as débuté l’haltérophilie, sport méconnu du grand public, sur le tard. Comment as-tu découvert la discipline ?

Par mon oncle ! Il travaillait dans une salle de muscu et un jour, il m’a invité à essayer. Je ne connaissais pas du tout et je pratiquais du sport en UNSS, sans vraiment en choisir un en particulier. J’ai adoré le côté explosif et j’ai tout de suite compris le geste. J’avais 17 ans.
Mes progrès étaient visibles et très encourageants. En 6 mois, je suis devenue championne de France, et un an et demi après mes débuts, on m’a proposé d’intégrer l’INSEP. Les Jeux sont immédiatement devenus mon principal objectif, et je me bats encore pour ça aujourd’hui. 

Femme, mais pas intrus

L’haltérophilie exige beaucoup de travail pour quelques secondes d’actions. Qu’apprécies-tu le plus dans ton sport ?

C’est vrai que quand ça marche, c’est génial ! (rires) C’est à double tranchant. C’est ça qui me plait le plus ouai : le jour J les heures de travail se résume à quelques secondes sur un geste précis. L’adrénaline en compétition, le plateau, et le fait qu’une barre et les poids pèsent lourds… ça rajoute quelque chose. Tu travailles tellement et d’un coup le geste devient fluide, presque aérien. Ça explose en quelques secondes, c’est millimétré. Quand tu arrives à mixer cette coordination avec le travail technique de trajectoire, c’est magique.

Anaïs Michel se préparant en mettant du talc dans ses mains
© All Things Gym

Penses-tu, en tant que femme, devoir te battre plus qu’un homme pour te faire une place ?

Je suis plutôt positive par rapport à ça. De plus en plus de femmes pratiquent, et ça se voit dans les chiffres. Un « effort » est fait pour promouvoir le sport féminin. Je ne me sens pas lésée par rapport aux garçons. Au contraire, c’est de mieux en mieux. Il reste un long chemin à parcourir, mais petit à petit on parle de sport. Moins de sport féminin. 

L’an passé aux championnats du monde, tu termines 10ème en battant le record de France des moins de 49kgs*. Pourtant, tu t’imposes comme la meilleure en Europe. Comment expliques-tu une telle différence de niveau entre le Vieux Continent et le reste du monde ?

C’est vrai qu’en Asie par exemple, c’est culturel. On a fait un stage au Japon et ils ont énormément de pratiquants. Nous étions dans une université avec des salles énormes, qui contenaient parfois 50 plateaux. C’était monstrueux. Et plus il y a d’athlètes, plus tu as de chance de voir émerger un champion.

En Amérique du Sud le niveau est très élevé également, avec la République Dominicaine ou la Colombie. Et puis la pratique se développe beaucoup aux Etats-Unis. Ils ont des jeunes pépites qui commencent à arriver au plus haut-niveau et battent des records.

 

* le 19 septembre 2019 à Pattaya (Thaïlande), Anaïs Michel améliore de 3kgs le record de France de Manon Lorentz, avec un total de 180kgs. 

Anais Michel.

Il est aussi grand que Anais Michel. Anais Michel. Je deviens Anais Michel. Nous serions Anais Michel. Peut-être un jour il aura son jour de chance. En revanche je veux devenir Anais Michel. Une boite de lunette détient le grand Anais Michel. Attention aux impératifs complète Mary. Anais Michel n'est autre que moi.

Mais qui est Anaïs Michel ?

Anaïs Michel est une haltérophile originaire de Langres en Haute-Marne. Elle découvre la discipline à 17 ans grâce à son oncle. Elle devient très vite une pièce incontournable de l’équipe de France, et termine 5ème des championnats d’Europe 2009, seulement 4 ans après avoir soulevé ses premières barres. Après de nombreuses places d’honneur, elle parvient enfin à décrocher sa première médaille d’or européenne en 2017 en Croatie. Elle termine 8ème des championnats du Monde 2017, une performance hors-norme lorsque l’on connaît le niveau du plateau mondial.
Anaïs Michel souhaite, après, elle l’espère, une qualification aux Jeux de Tokyo, s’orienter vers des études de kinésithérapie.

Dans l’imaginaire collectif, les haltérophiles sont des colosses à la force démesurée. Des milliers d’athlètes au gabarit bien différent réalisent pourtant des prouesses invraisemblables. C’est le cas d’Anaïs Michel, qui, à 32 ans, rêve de ses premiers Jeux Olympiques, et d’une nouvelle vie loin des barres et des plateaux.

Portrait d'Anaïs Michel
©️ Louis Defer Photographe
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Anaïs Michel
• Née le 12 janvier 1988
• Haltérophilie

Comment se sont déroulés les deux mois de confinement de ton côté ? 

J’ai eu la chance de pouvoir m’entrainer en continu ! Lorsqu’ils ont annoncé la fermeture des enceintes sportives, j’étais en stage au CREPS de Toulouse. Il a fermé presque sans prévenir, le vendredi soir. Je n’avais jamais vu ça.
Le weekend d’après, j’étais chez mon père à la campagne. Le temps de faire un aller-retour pour chercher un plateau, une barre et des poids, et j’y suis restée deux mois. Il est agriculteur donc j’ai de la chance. J’avais de la place, même si j’étais au milieu des vaches (rires). Grâce à ça j’ai pu tenir un niveau à peu près correct.

Avant les Jeux de Rio en 2016, tu disais déjà vouloir arrêter l’haltérophilie. Pourtant tu es encore là… 

(rires) J’ai l’impression que le sort s’acharne… Non je plaisante, mais ça recule encore une fois l’échéance. En 2016, les quotas de sélection étaient collectifs, donc ça ne dépendait pas que de moi. J’étais en course pour faire partie des deux qualifiées françaises, mais finalement pour un point, notre quota est repassé à une athlète sélectionnée. Ça a été la douche froide, parce que j’étais deuxième toute catégorie confondue derrière Gaelle Nayo-Ketchanke. C’est elle qui est allée aux Jeux.

Maintenant, la qualification est individuelle ce qui est un avantage pour moi, étant donné que je suis la meilleure européenne. 

 

En quelques mois, l’arrivée au plus haut niveau

 

Tu avais prévu d’arrêter juste après les Jeux de Tokyo cet été ? 

J’avais prévu de prendre une année pour récupérer. Ça fait très longtemps que je fais du haut-niveau, et je n’avais pas réellement coupé depuis des années. Je fais passer en priorité ma reconversion pro, et rentrer en école de kiné. Pour moi, c’est assez ambitieux, parce que ça fait un bout de temps que je ne suis pas allée à l’école. Donc ce n’était pas arrêter brutalement, mais plus lever le pied au moins un an pour voir comment mon corps réagit. Me laisser du temps et écouter mon corps.

Anaïs Michel souriante après avoir lâché la barre
© All Things Gym

Tu as débuté l’haltérophilie, sport méconnu du grand public, sur le tard. Comment as-tu découvert la discipline ? 

Par mon oncle ! Il travaillait dans une salle de muscu et un jour, il m’a invité à essayer. Je ne connaissais pas du tout et je pratiquais du sport en UNSS, sans vraiment en choisir un en particulier. J’ai adoré le côté explosif et j’ai tout de suite compris le geste. J’avais 17 ans.

Mes progrès étaient visibles et très encourageants. En 6 mois, je suis devenue championne de France, et un an et demi après mes débuts, on m’a proposé d’intégrer l’INSEP. Les Jeux sont immédiatement devenus mon principal objectif, et je me bats encore pour ça aujourd’hui. 

Femme, mais pas intrus

L’haltérophilie exige beaucoup de travail pour quelques secondes d’actions. Qu’apprécies-tu le plus dans ton sport ? 

C’est vrai que quand ça marche, c’est génial ! (rires) C’est à double tranchant. C’est ça qui me plait le plus ouai : le jour J les heures de travail se résume à quelques secondes sur un geste précis. L’adrénaline en compétition, le plateau, et le fait qu’une barre et les poids pèsent lourds… ça rajoute quelque chose. Tu travailles tellement et d’un coup le geste devient fluide, presque aérien. Ça explose en quelques secondes, c’est millimétré. Quand tu arrives à mixer cette coordination avec le travail technique de trajectoire, c’est magique.

Anaïs Michel se préparant en mettant du talc dans ses mains
© All Things Gym

Penses-tu, en tant que femme, devoir te battre plus qu’un homme pour te faire une place ? 

Je suis plutôt positive par rapport à ça. De plus en plus de femmes pratiquent, et ça se voit dans les chiffres. Un « effort » est fait pour promouvoir le sport féminin. Je ne me sens pas lésée par rapport aux garçons. Au contraire, c’est de mieux en mieux. Il reste un long chemin à parcourir, mais petit à petit on parle de sport. Moins de sport féminin.  

L’an passé aux championnats du monde, tu termines 10ème en battant le record de France des moins de 49kgs*. Pourtant, tu t’imposes comme la meilleure en Europe. Comment expliques-tu une telle différence de niveau entre le Vieux Continent et le reste du monde ? 

C’est vrai qu’en Asie par exemple, c’est culturel. On a fait un stage au Japon et ils ont énormément de pratiquants. Nous étions dans une université avec des salles énormes, qui contenaient parfois 50 plateaux. C’était monstrueux. Et plus il y a d’athlètes, plus tu as de chance de voir émerger un champion.

En Amérique du Sud le niveau est très élevé également, avec la République Dominicaine ou la Colombie. Et puis la pratique se développe beaucoup aux Etats-Unis. Ils ont des jeunes pépites qui commencent à arriver au plus haut-niveau et battent des records.

 

* le 19 septembre 2019 à Pattaya (Thaïlande), Anaïs Michel améliore de 3kgs le record de France de Manon Lorentz, avec un total de 180kgs.

Adrien Couderc.

Il est aussi grand que Anais Michel. Anais Michel. Je deviens Anais Michel. Nous serions Anais Michel. Peut-être un jour il aura son jour de chance. En revanche je veux devenir Anais Michel. Une boite de lunette détient le grand Anais Michel. Attention aux impératifs complète Mary. Anais Michel n'est autre que moi.