En apesanteur, pas besoin de fauteuil
par Axel Allétru

16 avril 2020

En apesanteur, pas besoin de fauteuil
par Axel Allétru

16 avril 2020

En apesanteur, pas besoin de fauteuil
par Axel Allétru

16 avril 2020


Fin juin 2010,
Axel Allétru se retrouve à terre, dans l’incapacité de se relever. Victime d’une lourde chute en plein Grand Prix du championnat du monde de motocross en Lettonie, le constat est lourd : un fauteuil roulant lui servira probablement de jambes pour la reste de sa vie. Sauf que l’histoire ne s’arrête évidemment pas là. La suite, il nous la raconte lui-même.

Une demi-seconde avant, tu es pilote de motocross en championnat du monde avec des rêves plein la tête. La demi-seconde d’après, tu es dans un fauteuil roulant, à vie, sans perspective d’avenir. Des millions de choses te traversent l’esprit. C’est étrange. On se dit que ça n’arrive pas qu’aux autres, que c’est notre tour.

Ma nouvelle mission de vie est de démontrer que rien n’est impossible. On peut tous avoir des difficultés, des moments de détresse où l’on ne croit plus en la vie. Mais je veux démontrer qu’on peut remonter la pente. Je me suis donné cette mission par rapport à tout ce qui m’est arrivé.

« Tout s’effondre si vite »

C’était il y a 10 ans, en Lettonie. J’étais dans une bonne dynamique grâce à de bons résultats depuis le début de la saison. J’ai le souvenir d’avoir fait une mauvaise qualification la veille, mais le matin au warm-up (ndlr : échauffement d’avant course), j’avais bien roulé et je me sentais mieux.

L’accident est survenu en première manche. J’ai chuté dans un enchaînement de vagues assez défoncées. La dernière bosse m’a éjecté et j’ai réceptionné sur les fesses. Une onde de choc s’est propagée dans ma colonne. Et lorsque cette onde s’arrête… Elle a cassé la vertèbre T10 L1, avec une torsion et une luxation de la moelle épinière. Il n’y a pas besoin d’avoir Bac+5 pour comprendre que c’est très grave. 

Axel nageant sur le dos
©️ Axel Alletru

Être dans la lumière, je m’en fous, vraiment. Ce qui m’importe, c’est de transmettre.

Instantanément, on ne sent plus l’usage de ses jambes. Elles ne fonctionnaient plus. Tout s’effondre si vite, et des millions de choses nous traversent l’esprit. J’ai réussi à garder mon calme, à avoir une attitude zen pour gérer les services de secours.

« Il faut aller de l’avant, ne penser qu’au futur »

Malheureusement, on m’a transféré en ambulance car il n’y avait pas d’hélicoptère. Les chirurgiens ont fait du bon boulot sur place, c’est important de le souligner. Ils ne parlaient pas bien anglais, donc j’avais du mal à me faire comprendre. Mes parents ne pouvaient pas venir me voir… C’était très dur à vivre mentalement. Tu zappes ces moments-là, ces émotions très négatives et très douloureuses.

Après mon transfert au CHR de Lille (Nord), la première question que j’ai posé aux médecins était « Je vais remarcher un jour ? ». Ils ne pouvaient pas se prononcer, mais leur pronostic n’était pas bon. 

En parler ou pas ne me fait rien, contrairement à certains pour qui c’est une vraie thérapie. Je fais ça pour transmettre à des étudiants, des personnes en situation de handicap, des valides, des personnes âgées. Il y a quelques années, j’étais perdu, sans vraiment savoir ce que j’allais faire de ma vie. Si quelqu’un m’avait inspiré, je me serais dit « ouai, ma vie n’est pas foutue, je peux rebondir ».

Axel de dos devant une salle pleine
©️ Axel Alletru

Chacun est maître de ses choix et libre de se prendre en main. C’est peut-être dur à dire mais je disais à certains copains que se lamenter sur son sort tout allant voir quelqu’un pour parler plusieurs fois par semaine, ça ne servait à rien. Il faut être acteur de soi-même et arrêter de broyer du noir en pensant au passé. On ne peut pas revenir dessus. Il faut aller de l’avant, viser le futur. Le futur c’est l’avenir, la vie, des projets.

Le maître mot est la résilience. Chacun aura une définition différente, mais pour moi c’est savoir surfer dans un torrent comme un poisson dans l’eau. Au lieu de couler, tu surfes ce sur ce torrent, et tu suis le courant de la vie. Tu la prends comme elle vient et tu t’adaptes à ce qu’il t’arrive.

« Revenir le plus valide possible »

Je n’ai aucun regret. En tant que pilote, nous connaissions tous les risques de notre sport extrême. Je regrette peut-être simplement de ne pas avoir pu aller plus loin dans ma carrière moto. Mais sur l’accident je ne regrette rien. J’ai une vie épanouie qui me permet de faire beaucoup de choses, avec des challenges.

Dans ce sens, faire le Dakar était un vrai pari. J’avais besoin de revenir vers les sports mécaniques et de me battre avec des valides. Oui, j’ai un handicap, mais je me bats contre des mecs qui sont parfois des tops pilotes. Mon objectif de vie est aussi de revenir le plus valide possible. Alors dans quelques années, performer et même gagner le Dakar sur un véhicule à impact écologique positif serait la suite logique. Faire partie de cette nouvelle génération de jeunes pilotes qui ont envie d’avoir un impact sur le monde, d’autant plus.

Mon prochain défi serait peut-être d’aller sur la Lune. Je rigole mais ça fait plusieurs fois que des personnes que je rencontre me disent qu’un médium leur a certifié que j’aurais l’opportunité d’aller dans l’espace. 3 fois en un mois ! Je suis ouvert à tout, donc pourquoi pas… Je me dis que là-haut, je n’aurais pas besoin de mon fauteuil, en apesanteur.

Axel.

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Fin juin 2010,
Axel Allétru se retrouve à terre, dans l’incapacité de se relever. Victime d’une lourde chute en plein Grand Prix du championnat du monde de motocross en Lettonie, le constat est lourd : un fauteuil roulant lui servira probablement de jambes pour la reste de sa vie. Sauf que l’histoire ne s’arrête évidemment pas là. La suite, il nous la raconte lui-même.

Axel posant dans le désert avec son véhicule au Dakar 2020
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Axel Allétru
• Né le 5 février 1990
• Natation handisport et sports mécaniques

Une demi-seconde avant, tu es pilote de motocross en championnat du monde avec des rêves plein la tête. La demi-seconde d’après, tu es dans un fauteuil roulant, à vie, sans perspective d’avenir. Des millions de choses te traversent l’esprit. C’est étrange. On se dit que ça n’arrive pas qu’aux autres, que c’est notre tour.

Ma nouvelle mission de vie est de démontrer que rien n’est impossible. On peut tous avoir des difficultés, des moments de détresse où l’on ne croit plus en la vie. Mais je veux démontrer qu’on peut remonter la pente. Je me suis donné cette mission par rapport à tout ce qui m’est arrivé. 

« Tout s’effondre si vite »

C’était il y a 10 ans, en Lettonie. J’étais dans une bonne dynamique grâce à de bons résultats depuis le début de la saison. J’ai le souvenir d’avoir fait une mauvaise qualification la veille, mais le matin au warm-up (ndlr : échauffement d’avant course), j’avais bien roulé et je me sentais mieux.

L’accident est survenu en première manche. J’ai chuté dans un enchainement de vagues assez défoncées. La dernière bosse m’a éjecté et j’ai réceptionné sur les fesses. Une onde de choc s’est propagée dans ma colonne. Et lorsque cette onde s’arrête… Elle a cassé la vertèbre T10 L1, avec une torsion et une luxation de la moelle épinière. Il n’y a pas besoin d’avoir Bac+5 pour comprendre que c’est très grave.

©️ Axel Alletru

Être dans la lumière, je m’en fous, vraiment. Ce qui m’importe, c’est de transmettre.

Instantanément, on ne sent plus l’usage de ses jambes. Elles ne fonctionnaient plus. Tout s’effondre si vite, et des millions de choses nous traversent l’esprit. J’ai réussi à garder mon calme, à avoir une attitude zen pour gérer les services de secours.

« Il faut aller de l’avant, ne penser qu’au futur »

Malheureusement, on m’a transféré en ambulance car il n’y avait pas d’hélicoptère. Les chirurgiens ont fait du bon boulot sur place, c’est important de le souligner. Ils ne parlaient pas bien anglais, donc j’avais du mal à me faire comprendre. Mes parents ne pouvaient pas venir me voir… C’était très dur à vivre mentalement. Tu zappes ces moments-là, ces émotions très négatives et très douloureuses.

Après mon transfert au CHR de Lille (Nord), la première question que j’ai posé aux médecins était « Je vais remarcher un jour ? ». Ils ne pouvaient pas se prononcer, mais leur pronostic n’était pas bon.

En parler ou pas ne me fait rien, contrairement à certains pour qui c’est une vraie thérapie. Je fais ça pour transmettre à des étudiants, des personnes en situation de handicap, des valides, des personnes âgées. Il y a quelques années, j’étais perdu, sans vraiment savoir ce que j’allais faire de ma vie. Si quelqu’un m’avait inspiré, je me serais dit « ouai, ma vie n’est pas foutue, je peux rebondir.

Axel de dos devant une salle pleine
©️ Axel Alletru

Chacun est maître de ses choix et libre de se prendre en main. C’est peut-être dur à dire mais je disais à certains copains que se lamenter sur son sort tout allant voir quelqu’un pour parler plusieurs fois par semaine, ça ne servait à rien. Il faut être acteur de soi-même et arrêter de broyer du noir en pensant au passé. On ne peut pas revenir dessus. Il faut aller de l’avant, viser le futur. Le futur c’est l’avenir, la vie, des projets.

Le maître mot est la résilience. Chacun aura une définition différente, mais pour moi c’est savoir surfer dans un torrent comme un poisson dans l’eau. Au lieu de couler, tu surfes ce sur ce torrent, et tu suis le courant de la vie. Tu la prends comme elle vient et tu t’adaptes à ce qu’il t’arrive.

« Revenir le plus valide possible »

Je n’ai aucun regret. En tant que pilote, nous connaissions tous les risques de notre sport extrême. Je regrette peut-être simplement de ne pas avoir pu aller plus loin dans ma carrière moto. Mais sur l’accident je ne regrette rien. J’ai une vie épanouie qui me permet de faire beaucoup de choses, avec des challenges.

Dans ce sens, faire le Dakar était un vrai pari. J’avais besoin de revenir vers les sports mécaniques et de me battre avec des valides. Oui, j’ai un handicap, mais je me bats contre des mecs qui sont parfois des tops pilotes. Mon objectif de vie est aussi de revenir le plus valide possible. Alors dans quelques années, performer et même gagner le Dakar sur un véhicule à impact écologique positif serait la suite logique. Faire partie de cette nouvelle génération de jeunes pilotes qui ont envie d’avoir un impact sur le monde, d’autant plus.

Mon prochain défi serait peut-être d’aller sur la Lune. Je rigole mais ça fait plusieurs fois que des personnes que je rencontre me disent qu’un médium leur a certifié que j’aurais l’opportunité d’aller dans l’espace. 3 fois en un mois ! Je suis ouvert à tout, donc pourquoi pas… Je me dis que là-haut, je n’aurais pas besoin de mon fauteuil, en apesanteur.

Axel.

Axel.

Il est aussi grand que Axel Allétru. Axel Allétru. Je deviens Axel Allétru. Nous serions Axel Allétru. Peut-être un jour il aura son jour de chance. En revanche je veux devenir Axel Allétru. Une boite de lunette détient le grand Axel Allétru. Attention aux impératifs complète Mary. Axel Allétru n'est autre que moi.

Mais qui est Axel Alletru ?

Axel Allétru est un conférencier professionnel. Ancien pilote de motocross en championnat du monde et en championnat du monde junior, il possédait toutes les qualités pour rêver de titres encore plus glorieux. Mais à 20 ans, sa vie bascule en pleine course : une chute lui ôte l’usage de ses jambes. Après plusieurs opérations, il comprend que son fauteuil pourrait bien lui servir de jambes pour le reste de sa vie.
Sauf qu’Axel se bat pour continuer à vivre. Il remporte plusieurs titres de champion de France de natation handisport et apprend à parler de son histoire lors de conférences d’entreprise. Il ne cesse de relever des défis, avec le Paris-Dakar comme dernier en date. Exploit d’autant plus remarquable qu’il s’impose dans la catégorie T3.S.

Fin juin 2010, Axel Alletru se retrouve à terre, dans l’incapacité de se relever. Victime d’une lourde chute en plein Grand Prix du championnat du monde de motocross en Lettonie, le constat est lourd : un fauteuil roulant lui servira probablement de jambes pour la reste de sa vie. Sauf que l’histoire ne s’arrête évidemment pas là. La suite, il nous la raconte lui-même.

Axel posant dans le désert avec son véhicule au Dakar 2020
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Axel Allétru
• Né le 5 février 1990
• Natation handisport et sports mécaniques

Une demi-seconde avant, tu es pilote de motocross en championnat du monde avec des rêves plein la tête. La demi-seconde d’après, tu es dans un fauteuil roulant, à vie, sans perspective d’avenir. Des millions de choses te traversent l’esprit. C’est étrange. On se dit que ça n’arrive pas qu’aux autres, que c’est notre tour.

Ma nouvelle mission de vie est de démontrer que rien n’est impossible. On peut tous avoir des difficultés, des moments de détresse où l’on ne croit plus en la vie. Mais je veux démontrer qu’on peut remonter la pente. Je me suis donné cette mission par rapport à tout ce qui m’est arrivé.

« Tout s’effondre si vite »

C’était il y a 10 ans, en Lettonie. J’étais dans une bonne dynamique grâce à de bons résultats depuis le début de la saison. J’ai le souvenir d’avoir fait une mauvaise qualification la veille, mais le matin au warm-up (ndlr : échauffement d’avant course), j’avais bien roulé et je me sentais mieux.

L’accident est survenu en première manche. J’ai chuté dans un enchaînement de vagues assez défoncées. La dernière bosse m’a éjecté et j’ai réceptionné sur les fesses. Une onde de choc s’est propagée dans ma colonne. Et lorsque cette onde s’arrête… Elle a cassé la vertèbre T10 L1, avec une torsion et une luxation de la moelle épinière. Il n’y a pas besoin d’avoir Bac+5 pour comprendre que c’est très grave.

Axel nageant sur le dos
©️ Axel Alletru

Être dans la lumière, je m’en fous, vraiment. Ce qui m’importe, c’est de transmettre.

Instantanément, on ne sent plus l’usage de ses jambes. Elles ne fonctionnaient plus. Tout s’effondre si vite, et des millions de choses nous traversent l’esprit. J’ai réussi à garder mon calme, à avoir une attitude zen pour gérer les services de secours.

« Il faut aller de l’avant, ne penser qu’au futur »

Malheureusement, on m’a transféré en ambulance car il n’y avait pas d’hélicoptère. Les chirurgiens ont fait du bon boulot sur place, c’est important de le souligner. Ils ne parlaient pas bien anglais, donc j’avais du mal à me faire comprendre. Mes parents ne pouvaient pas venir me voir… C’était très dur à vivre mentalement. Tu zappes ces moments-là, ces émotions très négatives et très douloureuses.

Après mon transfert au CHR de Lille (Nord), la première question que j’ai posé aux médecins était « Je vais remarcher un jour ? ». Ils ne pouvaient pas se prononcer, mais leur pronostic n’était pas bon.

En parler ou pas ne me fait rien, contrairement à certains pour qui c’est une vraie thérapie. Je fais ça pour transmettre à des étudiants, des personnes en situation de handicap, des valides, des personnes âgées. Il y a quelques années, j’étais perdu, sans vraiment savoir ce que j’allais faire de ma vie. Si quelqu’un m’avait inspiré, je me serais dit « ouai, ma vie n’est pas foutue, je peux rebondir ».

Axel de dos devant une salle pleine
©️ Axel Alletru

Chacun est maître de ses choix et libre de se prendre en main. C’est peut-être dur à dire mais je disais à certains copains que se lamenter sur son sort tout allant voir quelqu’un pour parler plusieurs fois par semaine, ça ne servait à rien. Il faut être acteur de soi-même et arrêter de broyer du noir en pensant au passé. On ne peut pas revenir dessus. Il faut aller de l’avant, viser le futur. Le futur c’est l’avenir, la vie, des projets.

Le maître mot est la résilience. Chacun aura une définition différente, mais pour moi c’est savoir surfer dans un torrent comme un poisson dans l’eau. Au lieu de couler, tu surfes ce sur ce torrent, et tu suis le courant de la vie. Tu la prends comme elle vient et tu t’adaptes à ce qu’il t’arrive.

« Revenir le plus valide possible »

Je n’ai aucun regret. En tant que pilote, nous connaissions tous les risques de notre sport extrême. Je regrette peut-être simplement de ne pas avoir pu aller plus loin dans ma carrière moto. Mais sur l’accident je ne regrette rien. J’ai une vie épanouie qui me permet de faire beaucoup de choses, avec des challenges.

Dans ce sens, faire le Dakar était un vrai pari. J’avais besoin de revenir vers les sports mécaniques et de me battre avec des valides. Oui, j’ai un handicap, mais je me bats contre des mecs qui sont parfois des tops pilotes. Mon objectif de vie est aussi de revenir le plus valide possible. Alors dans quelques années, performer et même gagner le Dakar sur un véhicule à impact écologique positif serait la suite logique. Faire partie de cette nouvelle génération de jeunes pilotes qui ont envie d’avoir un impact sur le monde, d’autant plus.

Mon prochain défi serait peut-être d’aller sur la Lune. Je rigole mais ça fait plusieurs fois que des personnes que je rencontre me disent qu’un médium leur a certifié que j’aurais l’opportunité d’aller dans l’espace. 3 fois en un mois ! Je suis ouvert à tout, donc pourquoi pas… Je me dis que là-haut, je n’aurais pas besoin de mon fauteuil, en apesanteur.

Axel.

Axel.

Il est aussi grand que Axel Allétru. Axel Allétru. Je deviens Axel Allétru. Nous serions Axel Allétru. Peut-être un jour il aura son jour de chance. En revanche je veux devenir Axel Allétru. Une boite de lunette détient le grand Axel Allétru. Attention aux impératifs complète Mary. Axel Allétru n'est autre que moi.