L’ivresse des profondeurs
par Stéphane Tourreau

6 juillet 2020

L’ivresse des profondeurs
par Stéphane Tourreau

6 juillet 2020

         ©️ Daan Verhoeven

L’ivresse des profondeurs
par Stéphane Tourreau

6 juillet 2020

©️ Daan Verhoeven     

L'ivresse des profondeurs

par Stéphane Tourreau

©️ Daan Verhoeven

Au fond, une autre vie commence. Flashs ou hallucinations, telles sont les conséquences de la narcose à l’azote, aussi appelée « ivresse des profondeurs ». Stéphane Tourreau, vice-champion du monde d’apnée en poids constant en 2016, nous décrit cette sensation si particulière que chaque athlète appréhende à sa manière.

©️ Draz Foto

« L’apnée, le sport de haut niveau, la performance, ce sont des moyens. Des moyens pour atteindre un objectif, nous sortir de notre zone de confort, et nous construire en tant que personne. Je la vois surtout comme une démarche spirituelle.

L’apnée nous fait prendre conscience de ça, parce qu’on est totalement autonome et indépendant. On est en connexion avec l’élément et comme beaucoup de sports outdoor, on est amené à se construire nous-même. Si on fait tout ça juste pour les médailles, si on ne se rend pas compte qu’au fond on le fait pour nous, ça en devient triste. 

« La manière dont tu te construis, c’est ce qui compte. Pas le chiffre »

C’est enivrant de se dire qu’on n’est pas beaucoup à être allé à plus de 110 mètres mais bon… Je ne veux pas entrer dans une boîte. J’ai envie de découvrir ce que je ressens en grande profondeur, me concentrer sur ma performance, ma plongée.

A ces profondeurs-là, on est confronté à son propre miroir ; l’impression d’être en face de soi-même. En fonction des sensations qu’on a au fond, on sait si on est dans un bon mood ou non. Un flux de pensées traverse notre esprit, et c’est exactement dans ces moments-là que l’on sait si on est concentré ou complètement ailleurs. Les sensations que l’on ressent au fond, c’est une espèce de thermomètre. On est dans les cotons, un peu comme si on était bourré. Et ça, c’est la narcose.

Stéphane Tourreau pratiquant le trail de nuit
©️ AG PHOTO

C’est un état second qui arrive doucement jusqu’à 80 mètres, puis augmente progressivement. Passé 100 mètres, ça s’intensifie et à 110, ça se multiplie. Le niveau de conscience est directement impacté, car la narcose a tendance à multiplier l’effet de stress et la mentalisation.

Les moments où je parvenais le plus à rester focus, c’est quand je méditais beaucoup. J’en faisais une heure par jour, avant mes plongées. J’atteignais un tel niveau de concentration que j’étais capable de savoir tout ce qu’il se passait dans mon corps. La fréquence que je devais mettre dans ma palme, le relâchement que je devais avoir, mon positionnement dans l’eau : j’arrivais à tout capter. Chose qu’avant je subissais plus qu’autre chose. Lorsqu’on travaille l’état de concentration et de pleine conscience, on le vit pleinement. 

« Avant de partir, l’engagement mental est énorme »

A ces profondeurs, la moindre déconcentration, le moindre stress supplémentaire au niveau pulmonaire ou autre peut être une catastrophe. Si on chasse le chiffre, on se perd forcément. On peut le regarder pour avoir un ordre d’idée, bien-sûr. Mais l’important est de s’auto-gérer. Si on est stressé ou pas en adéquation avec soi-même, la mer nous le rappelle instantanément.

On ne gravit pas les échelons par 10 mètres. Une fois qu’on l’a annoncé, et sauf certaines conditions, on y va rarement plus que mètre par mètre. Avant de partir, l’engagement mental est tellement énorme que ça ne nous viendrait jamais à l’idée d’annoncer un truc de fou pour voir si ça passe. Nous avons conscience de ce que nous faisons, et le risque c’est s’il n’y a plus cet état de conscience. Quand on n’est pas dedans, qu’on est ailleurs, la plongée devient dangereuse.

Stéphane Tourreau à la surface tenant une bouée
©️ AG PHOTO

Ce sport, c’est beaucoup d’expériences, de répétition, de visualisation. Chacun a sa méthode. Je suis un adepte de la méditation, mais je sais travailler différemment. Ma compagne s’est mise à la slack line et c’est génial. Ça permet de travailler l’équilibre et nous ramène à un niveau de concentration important.

J’y ai pris goût donc il doit y avoir une forme d’addiction, c’est vrai. Elle nous pousse à faire toujours mieux dans son environnement avant de plonger. C’est ce qui est fantastique avec l’apnée, parce qu’elle est liée à notre propre développement personnel. Généralement, les autres addictions ont plus tendance à nous détruire qu’autre chose. L’apnée, elle, nous pousse à nous construire. »

Stéphane.

Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Au fond, une autre vie commence. Flashs ou hallucinations, telles sont les conséquences de la narcose à l’azote, aussi appelée « ivresse des profondeurs ». Stéphane Tourreau, vice-champion du monde d’apnée en poids constant en 2016, nous décrit cette sensation si particulière que chaque athlète appréhende à sa manière.

Portrait noir et blanc de Stéphane Tourreau
©️ Draz Foto
Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Stéphane Tourreau
• Né le 17 mars 1987
• Apnée

« L’apnée, le sport de haut niveau, la performance, ce sont des moyens. Des moyens pour atteindre un objectif, nous sortir de notre zone de confort, et nous construire en tant que personne. Je la vois surtout comme une démarche spirituelle.

L’apnée nous fait prendre conscience de ça, parce qu’on est totalement autonome et indépendant. On est en connexion avec l’élément et comme beaucoup de sports outdoor, on est amené à se construire nous-même. Si on fait tout ça juste pour les médailles, si on ne se rend pas compte qu’au fond on le fait pour nous, ça en devient triste.

« La manière dont tu te construits, c’est ce qui compte. Pas le chiffre »

C’est enivrant de se dire qu’on n’est pas beaucoup à être allé à plus de 110 mètres mais bon… Je ne veux pas entrer dans une boîte. J’ai envie de découvrir ce que je ressens en grande profondeur, me concentrer sur ma performance, ma plongée.

A ces profondeurs-là, on est confronté à son propre miroir ; l’impression d’être en face de soi-même. En fonction des sensations qu’on a au fond, on sait si on est dans un bon mood ou non. Un flux de pensées traverse notre esprit, et c’est exactement dans ces moments-là que l’on sait si on est concentré ou complètement ailleurs. Les sensations que l’on ressent au fond, c’est une espèce de thermomètre. On est dans les cotons, un peu comme si on était bourré. Et ça, c’est la narcose.

Stéphane Tourreau pratiquant le trail
©️ AG PHOTO

C’est un état second qui arrive doucement à partir des 80 mètres, puis augmente progressivement. Passé 100 mètres, ça s’intensifie et à 110, ça se multiplie. Le niveau de conscience est directement impacté, car la narcose a tendance à multiplier l’effet de stress et la mentalisation.

Les moments où je parvenais le plus à rester focus, c’est quand je méditais beaucoup. J’en faisais une heure par jour, avant mes plongées. J’atteignais un tel niveau de concentration que j’étais capable de savoir tout ce qu’il se passait dans mon corps. La fréquence que je devais mettre dans ma palme, le relâchement que je devais avoir, mon positionnement dans l’eau : j’arrivais à tout capter. Chose qu’avant je subissais plus qu’autre chose. Lorsqu’on travaille l’état de concentration et de pleine conscience, on le vit pleinement.  

« Avant de partir, l’engagement mental est énorme »

A ces profondeurs, la moindre déconcentration, le moindre stress supplémentaire au niveau pulmonaire ou autre peut être une catastrophe. Si on chasse le chiffre, on se perd forcément. On peut le regarder pour avoir un ordre d’idée, bien-sûr. Mais l’important est de s’auto-gérer. Si on est stressé ou pas en adéquation avec soi-même, la mer nous le rappelle instantanément.

On ne gravit pas les échelons par 10 mètres. Une fois qu’on l’a annoncé, et sauf certaines conditions, on y va rarement plus que mètre par mètre. Avant de partir, l’engagement mental est tellement énorme que ça ne nous viendrait jamais à l’idée d’annoncer un truc de fou pour voir si ça passe. Nous avons conscience de ce que nous faisons, et le risque c’est s’il n’y a plus cet état de conscience. Quand on n’est pas dedans, qu’on est ailleurs, la plongée devient dangereuse.

Stéphane Tourreau à la surface tenant une bouée
©️ AG PHOTO

Ce sport, c’est beaucoup d’expériences, de répétition, de visualisation. Chacun a sa méthode. Je suis un adepte de la méditation, mais je sais travailler différemment. Ma compagne s’est mise à la slack line et c’est génial. Ça permet de travailler l’équilibre et nous ramène à un niveau de concentration important.

J’y ai pris goût donc il doit y avoir une forme d’addiction, c’est vrai. Elle nous pousse à faire toujours mieux dans son environnement avant de plonger. C’est ce qui est fantastique avec l’apnée, parce qu’elle est liée à notre propre développement personnel. Généralement, les autres addictions ont plus tendance à nous détruire qu’autre chose. L’apnée, elle, nous pousse à nous construire. »

Stéphane.

Stéphane.

Il est aussi grand que Stéphane Tourreau. Stéphane Tourreau. Je deviens Stéphane Tourreau. Nous serions Stéphane Tourreau. Peut-être un jour il aura son jour de chance. En revanche je veux devenir Stéphane Tourreau. Une boite de lunette détient le grand Stéphane Tourreau. Attention aux impératifs complète Mary. Stéphane Tourreau n'est autre que moi.

Au fond, une autre vie commence. Flashs ou hallucinations, telles sont les conséquences de la narcose à l’azote, aussi appelée « ivresse des profondeurs ». Stéphane Tourreau, vice-champion du monde d’apnée en poids constant en 2016, nous décrit cette sensation si particulière que chaque athlète appréhende à sa manière.

Portrait noir et blanc de Stéphane Tourreau
©️ Draz Foto
Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Stéphane Tourreau
• Né 17 mars 1987
• Apnée

« L’apnée, le sport de haut niveau, la performance, ce sont des moyens. Des moyens pour atteindre un objectif, nous sortir de notre zone de confort, et nous construire en tant que personne. Je la vois surtout comme une démarche spirituelle.

L’apnée nous fait prendre conscience de ça, parce qu’on est totalement autonome et indépendant. On est en connexion avec l’élément et comme beaucoup de sports outdoor, on est amené à se construire nous-même. Si on fait tout ça juste pour les médailles, si on ne se rend pas compte qu’au fond on le fait pour nous, ça en devient triste.

« La manière dont tu construits, c’est ce qui compte. Pas le chiffre »

C’est enivrant de se dire qu’on n’est pas beaucoup à être allé à plus de 110 mètres mais bon… Je ne veux pas entrer dans une boîte. J’ai envie de découvrir ce que je ressens en grande profondeur, me concentrer sur ma performance, ma plongée.

A ces profondeurs-là, on est confronté à son propre miroir ; l’impression d’être en face de soi-même. En fonction des sensations qu’on a au fond, on sait si on est dans un bon mood ou non. Un flux de pensées traverse notre esprit, et c’est exactement dans ces moments-là que l’on sait si on est concentré ou complètement ailleurs. Les sensations que l’on ressent au fond, c’est une espèce de thermomètre. On est dans les cotons, un peu comme si on était bourré. Et ça, c’est la narcose.

Stéphane Tourreau pratiquant le trail
©️ AG PHOTO

C’est un état second qui arrive doucement à partir des 80 mètres, puis augmente progressivement. Passé 100 mètres, ça s’intensifie et à 110, ça se multiplie. Le niveau de conscience est directement impacté, car la narcose a tendance à multiplier l’effet de stress et la mentalisation.

Les moments où je parvenais le plus à rester focus, c’est quand je méditais beaucoup. J’en faisais une heure par jour, avant mes plongées. J’atteignais un tel niveau de concentration que j’étais capable de savoir tout ce qu’il se passait dans mon corps. La fréquence que je devais mettre dans ma palme, le relâchement que je devais avoir, mon positionnement dans l’eau : j’arrivais à tout capter. Chose qu’avant je subissais plus qu’autre chose. Lorsqu’on travaille l’état de concentration et de pleine conscience, on le vit pleinement.

« Avant de partir, l’engagement mental est énorme »

A ces profondeurs, la moindre déconcentration, le moindre stress supplémentaire au niveau pulmonaire ou autre peut être une catastrophe. Si on chasse le chiffre, on se perd forcément. On peut le regarder pour avoir un ordre d’idée, bien-sûr. Mais l’important est de s’auto-gérer. Si on est stressé ou pas en adéquation avec soi-même, la mer nous le rappelle instantanément.

On ne gravit pas les échelons par 10 mètres. Une fois qu’on l’a annoncé, et sauf certaines conditions, on y va rarement plus que mètre par mètre. Avant de partir, l’engagement mental est tellement énorme que ça ne nous viendrait jamais à l’idée d’annoncer un truc de fou pour voir si ça passe. Nous avons conscience de ce que nous faisons, et le risque c’est s’il n’y a plus cet état de conscience. Quand on n’est pas dedans, qu’on est ailleurs, la plongée devient dangereuse.

Stéphane Tourreau à la surface tenant une bouée
©️ AG PHOTO

Ce sport, c’est beaucoup d’expériences, de répétition, de visualisation. Chacun a sa méthode. Je suis un adepte de la méditation, mais je sais travailler différemment. Ma compagne s’est mise à la slack line et c’est génial. Ça permet de travailler l’équilibre et nous ramène à un niveau de concentration important.

J’y ai pris goût donc il doit y avoir une forme d’addiction, c’est vrai. Elle nous pousse à faire toujours mieux dans son environnement avant de plonger. C’est ce qui est fantastique avec l’apnée, parce qu’elle est liée à notre propre développement personnel. Généralement, les autres addictions ont plus tendance à nous détruire qu’autre chose. L’apnée, elle, nous pousse à nous construire. »

Stéphane.

Stéphane.

Il est aussi grand que Stéphane Tourreau. Stéphane Tourreau. Je deviens Stéphane Tourreau. Nous serions Stéphane Tourreau. Peut-être un jour il aura son jour de chance. En revanche je veux devenir Stéphane Tourreau. Une boite de lunette détient le grand Stéphane Tourreau. Attention aux impératifs complète Mary. Stéphane Tourreau n'est autre que moi.

Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Mais qui est Stéphane Tourreau ?