Renoncer, à quoi bon ?

8 juin 2020

Renoncer, à quoi bon ?

8 juin 2020

Renoncer,
à quoi bon ?

8 juin 2020

©️ St John’s University

Être déterminé : ne jamais abandonner.
Johan Aquilon a fait de cette phrase une devise dans son parcours de footballeur. Malgré les nombreux messages négatifs l’incitant à mettre de côté sa carrière, le jeune francilien continue d’y croire. Confidences d’un athlète au chemin atypique et à la tête bien faite.

Je veux aller au bout de mon rêve. Si je fais tout ça, c’est aussi pour mon père. J’ai aimé le foot grâce à lui. Il est décédé quand j’avais 8 ans, et depuis, je rentre sur le terrain en pensant à lui. Je ne veux pas vivre avec des regrets, ou des « j’aurais dû », alors jusqu’au bout, j’essayerais.

Dès mes 5 ans, j’ai commencé à Bondoufle, un petit club près de chez moi. À 12 ans, j’ai pas-sé et réussi les tests pour entrer à l’INF Clairefontaine, pour suivre une préformation de deux ans. Même si je jouais attaquant à Bondoufle, j’ai tenté les sélections en tant que déf central (ndlr: défenseur central). J’avais plus de chance, parce qu’en attaque, il y avait du niveau. Trop de talents, trop de bons joueurs. Et étonnement, j’ai passé tous les tours, jusqu’à être sélectionné. 

« J’étais livré à moi-même »

Au début, ça a été dur de m’adapter. Je n’avais pas le niveau technique des autres joueurs. Ils ne me prenaient d’ailleurs pas vraiment au sérieux. Dès notre premier match contre Châteauroux, tout a changé. J’ai gagné le respect des autres. Le coach m’avait donné la meilleure note, et ça m’a aidé à avoir confiance en mes qualités.

Quelques clubs comme Lens, Auxerre ou Caen m’ont appelé. Franchement, je vivais un rêve éveillé. J’étais déjà fier d’être le joueur de la division la plus basse n’aillant jamais été pris à Clairefontaine. Je ne comprenais pas ce que j’avais de spécial.

À 15 ans, je rejoins le centre de formation de Bordeaux. J’ai choisi seul, je n’avais personne pour me conseiller. Ma mère me donnait son avis, mais à la fin c’est moi qui décidait.

Johan Aquilon portant le maillot de St John

Sauf qu’entre Clairefontaine et les Girondins, il y avait une grande différence : le gabarit des joueurs. Là-bas, ils étaient tous plus grands que moi. Du coup, ils m’ont fait jouer arrière droit. Il y avait déjà un joueur qui était clairement meilleur, ce qui m’a coûté beaucoup de matchs. Cette première année a quasiment été une saison blanche, j’ai dû jouer deux ou trois fois.

J’ai beaucoup douté et me posais énormément de questions. En sortant de Clairefontaine, on se sent tout beau, invincible, et au final j’arrive aux Girondins et me prends un mur. Je n’avais clairement pas le niveau. On est très peu accompagné, j’étais livré à moi-même. Mais c’est la réalité des centres de formation, c’est là qu’on gagne en maturité et en expérience. 

« Pas le gabarit pour être un grand défenseur central »

Je me suis forgé un caractère, surtout que j’en ai eu besoin rapidement. A la fin de la saison, les coachs m’ont avoué qu’ils voulaient me laisser avec les U17 régionaux, plutôt que de me faire évoluer vers les nationaux, comme c’est normalement le cas. Beaucoup de défenseurs centraux se sont blessés et j’ai finalement eu ma chance. Marcelo Vada, l’entraîneur adjoint, avait poussé pour qu’on me fasse confiance. Et je lui ai rendu, en faisant le match de ma vie encore une fois contre Châteauroux. Grâce à ça, j’ai joué les deux autres saisons de mon centre de formation en tant que titulaire.

Pourtant, à la fin, Bordeaux ne me garde pas. Ils me trouvaient certainement bon, mais je ne pense pas qu’à un seul moment ils se soient dits que j’étais l’avenir. Ils voulaient des joueurs plus athlétiques que moi, parce que pour eux, je n’avais pas le gabarit pour être un grand dé-fenseur central.

1’76m, 71 kgs. Trop petit.

Johan Aquilon marchant en tenue de ville

Ce ne sont que des critères de taille. On est pas des mannequins. Être grand, ça aide évidemment, mais je compensais par plein de choses. Tu m’emmènes un gars d’1’90m, je vais lui rentrer dedans. Ce n’est pas parce que je suis petit que je vais avoir peur.

Après les Girondins, j’étais livré à moi-même, sans agent. J’ai essayé par tous les moyens de me trouver mon propre essai. Je suis allé à Cannes, avant finalement que le Paris FC me demande de les rejoindre.

À Paris, on m’a fait pleinement confiance. J’étais capitaine des U19 nationaux, ce qui m’a donné l’impression de revivre : j’avais un statut important dans un club. Je m’entrainais avec l’équipe réserve en CFA2 et même parfois avec les pros. Je me sentais privilégié. Mais quelques mois avant la fin de la saison, j’ai eu une pubalgie. Le PFC n’était pas encore ce qu’il est aujourd’hui, et j’ai traîné ça pendant de longs mois, sans avoir de vrai suivi.

Alors que je pensais continuer avec le club la saison suivante, l’ensemble du staff de l’équipe réserve a changé. Ils ne voulaient plus de moi. Dans l’urgence et sans agent, encore une fois, je devais retrouver un nouveau club.

« Avoir une sécurité au niveau des études »

Je suis finalement arrivé à Drancy, en CFA. C’était une grosse étape pour moi, parce que je n’avais jamais joué avec les « grands ». Malheureusement, j’ai beaucoup joué avec l’équipe réserve. C’était dur… Certains amis touchaient le monde pro, alors pourquoi pas moi ? Je n’ai jamais voulu entendre ce qu’on me disait, je ne voulais plus entendre parler de ma taille.

Après trois ou quatre mois à Drancy, ma pubalgie est revenue. Je sentais une douleur… insoutenable. J’ai suivi une période de réathlétisation, mais voyais bien que l’encadrement du club ne s’intéressait pas à mon bien-être. J’ai décidé de quitter Drancy en décembre 2016. Le début d’une période d’un an sans club.

J’ai dû me faire opérer en juin 2017, car ma pubalgie avait atteint un stade grave. Je n’avais plus de revenu, et pour avoir de l’argent, je faisais des missions d’intérim. J’allais au chantier, j’étais livreur ou vendeur ; dans les bourbiers du sport. Je n’avais pas le choix, je ne pouvais pas être une charge pour ma mère. 

Johan Aquilon à l'entrainement riant avec un coéquipier

En janvier 2018, après avoir guéri et passé les problèmes administratifs d’un muté hors délai, j’ai rejoint Beauvais pendant quatre mois. Tout se passait bien, mais j’ai compris que je ne voulais pas vivre comme ça. Certains joueurs venaient du PSG et étaient là depuis des an-nées, alors qu’ils avaient plus de talent que moi. Je ne voulais pas de ça. Je peux gagner ma vie en jouant au foot, mais je devais avoir une certaine sécurité pour les études. Ce qui m’a amené à contacter FFF USA, une agence qui aide des jeunes joueurs à entrer dans une université américaine.

Après plusieurs détections et propositions de bourses, j’ai choisi St John’s University, à New-York, et espère être drafté en MLS en 2021 ou 2022.

Si il y a sept ou huit ans tu m’avais dit que je serais dans une université aux Etats-Unis, j’aurais rigolé. C’est sûr que je ne suis pas là où j’aurais voulu être, mais aujourd’hui, je suis bien. On verra pour demain.

Johan.

©️ St John’s University

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Être déterminé : ne jamais abandonner.
Johan Aquilon a fait de cette phrase une devise dans son parcours de footballeur. Malgré les nombreux messages négatifs l’incitant à mettre de côté sa carrière, le jeune francilien continue d’y croire. Confidences d’un athlète au chemin atypique et à la tête bien faite.

Johan Aquilon durant un shooting photo
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Johan Aquilon
• Né le 8 septembre 1997
• Football

Je veux aller au bout de mon rêve. Si je fais tout ça, c’est aussi pour mon père. J’ai aimé le foot grâce à lui. Il est décédé quand j’avais 8 ans, et depuis, je rentre sur le terrain en pensant à lui. Je ne veux pas vivre avec des regrets, ou des « j’aurais dû ». Alors jusqu’au bout, j’essayerais.

Dès mes 5 ans, j’ai commencé à Bondoufle, un petit club près de chez moi. À 12 ans, j’ai passé et réussi les tests pour entrer à l’INF Clairefontaine, pour suivre une préformation de deux ans. Même si je jouais attaquant à Bondoufle, j’ai tenté les sélections en tant que déf central (ndlr: défenseur central). J’avais plus de chance, parce qu’en attaque, il y avait du niveau. Trop de talents, trop de bons joueurs. Et étonnement, j’ai passé tous les tours, jusqu’à être sélectionné.  

« J’étais livré à moi-même »

Au début, ça a été dur de m’adapter. Je n’avais pas le niveau technique des autres joueurs. Ils ne me prenaient d’ailleurs pas vraiment au sérieux. Dès notre premier match contre Châteauroux, tout a changé. J’ai gagné le respect des autres. Le coach m’avait donné la meilleure note, et ça m’a aidé à avoir confiance en mes qualités.

Quelques clubs comme Lens, Auxerre ou Caen m’ont appelé. Franchement, je vivais un rêve éveillé. J’étais déjà fier d’être le joueur de la division la plus basse n’aillant jamais été pris à Clairefontaine. Je ne comprenais pas ce que j’avais de spécial.

À 15 ans, je rejoins le centre de formation de Bordeaux. J’ai choisi seul, je n’avais personne pour me conseiller. Ma mère me donnait son avis, mais à la fin c’est moi qui décidait.

Johan Aquilon portant le maillot de St John

Sauf qu’entre Clairefontaine et les Girondins, il y avait une grande différence : le gabarit des joueurs. Là-bas, ils étaient tous plus grands que moi. Du coup, ils m’ont fait jouer arrière droit. Il y avait déjà un joueur qui était clairement meilleur, ce qui m’a coûté beaucoup de matchs. Cette première année a quasiment été une saison blanche, j’ai dû jouer deux ou trois fois.

J’ai beaucoup douté et me posais énormément de questions. En sortant de Clairefontaine, on se sent tout beau, invincible, et au final j’arrive aux Girondins et me prends un mur. Je n’avais clairement pas le niveau. On est très peu accompagné, j’étais livré à moi-même. Mais c’est la réalité des centres de formation, c’est là qu’on gagne en maturité et en expérience.  

« Pas le gabarit pour être un grand défenseur central »

Je me suis forgé un caractère, surtout que j’en ai eu besoin rapidement. A la fin de la saison, les coachs m’ont avoué qu’ils voulaient me laisser avec les U17 régionaux, plutôt que de me faire évoluer vers les nationaux, comme c’est normalement le cas. Beaucoup de défenseurs centraux se sont blessés et j’ai finalement eu ma chance. Marcelo Vada, l’entraîneur adjoint, avait poussé pour qu’on me fasse confiance. Et je lui ai rendu, en faisant le match de ma vie encore une fois contre Châteauroux. Grâce à ça, j’ai joué les deux autres saisons de mon centre de formation en tant que titulaire.

Pourtant, à la fin, Bordeaux ne me garde pas. Ils me trouvaient certainement bon, mais je ne pense pas qu’à un seul moment ils se soient dits que j’étais l’avenir. Ils voulaient des joueurs plus athlétiques que moi, parce que pour eux, je n’avais pas le gabarit pour être un grand défenseur central.

1’76m, 71 kgs. Trop petit.

Johan Aquilon marchant en tenue de ville

Ce ne sont que des critères de taille. On est pas des mannequins. Être grand, ça aide évidemment, mais je compensais par plein de choses. Tu m’emmènes un gars d’1’90m, je vais lui rentrer dedans. Ce n’est pas parce que je suis petit que je vais avoir peur.

Après les Girondins, j’étais livré à moi-même, sans agent. J’ai essayé par tous les moyens de me trouver mon propre essai. Je suis allé à Cannes, avant finalement que le Paris FC me demande de les rejoindre.

À Paris, on m’a fait pleinement confiance. J’étais capitaine des U19 nationaux, ce qui m’a donné l’impression de revivre : j’avais un statut important dans un club. Je m’entrainais avec l’équipe réserve en CFA2 et même parfois avec les pros. Je me sentais privilégié. Mais quelques mois avant la fin de la saison, j’ai eu une pubalgie. Le PFC n’était pas encore ce qu’il est aujourd’hui, et j’ai traîné ça pendant de longs mois, sans avoir de vrai suivi.

Alors que je pensais continuer avec le club la saison suivante, l’ensemble du staff de l’équipe réserve a changé. Ils ne voulaient plus de moi. Dans l’urgence et sans agent, encore une fois, je devais retrouver un nouveau club.    

« Avoir une sécurité au niveau des études »

Je suis finalement arrivé à Drancy, en CFA. C’était une grosse étape pour moi, parce que je n’avais jamais joué avec les « grands ». Malheureusement, j’ai beaucoup joué avec l’équipe réserve. C’était dur… Certains amis touchaient le monde pro, alors pourquoi pas moi ? Je n’ai jamais voulu entendre ce qu’on me disait, je ne voulais plus entendre parler de ma taille.

Après trois ou quatre mois à Drancy, ma pubalgie est revenue. Je sentais une douleur… insoutenable. J’ai suivi une période de réathlétisation, mais voyais bien que l’encadrement du club ne s’intéressait pas à mon bien-être. J’ai décidé de quitter Drancy en décembre 2016. Le début d’une période d’un an sans club.

J’ai dû me faire opérer en juin 2017, car ma pubalgie avait atteint un stade grave. Je n’avais plus de revenu, et pour avoir de l’argent, je faisais des missions d’intérim. J’allais au chantier, j’étais livreur ou vendeur ; dans les bourbiers du sport. Je n’avais pas le choix, je ne pouvais pas être une charge pour ma mère.

Johan Aquilon à l'entrainement riant avec un coéquipier

En janvier 2018, après avoir guéri et passé les problèmes administratifs d’un muté hors délai, j’ai rejoint Beauvais pendant quatre mois. Tout se passait bien, mais j’ai compris que je ne voulais pas vivre comme ça. Certains joueurs venaient du PSG et étaient là depuis des années, alors qu’ils avaient plus de talent que moi. Je ne voulais pas de ça. Je peux gagner ma vie en jouant au foot, mais je devais avoir une certaine sécurité pour les études. Ce qui m’a amené à contacter FFF USA, une agence qui aide des jeunes joueurs à entrer dans une université américaine.

Après plusieurs détections et propositions de bourses, j’ai choisi St John’s University, à New-York, et espère être drafté en MLS en 2021 ou 2022.

Si il y a sept ou huit ans tu m’avais dit que je serais dans une université aux Etats-Unis, j’aurais rigolé. C’est sûr que je ne suis pas là où j’aurais voulu être, mais aujourd’hui, je suis bien. On verra pour demain.

Johan.

Johan.

Il est aussi grand que Johan Aquilon. Johan Aquilon. Je deviens Johan Aquilon. Nous serions Johan Aquilon. Peut-être un jour il aura son jour de chance. En revanche je veux devenir Johan Aquilon. Une boite de lunette détient le grand Johan Aquilon. Attention aux impératifs complète Mary. Johan Aquilon n'est autre que moi.

©️ St John’s University

Être déterminé : ne jamais abandonner.
Johan Aquilon a fait de cette phrase une devise dans son parcours de footballeur. Malgré les nombreux messages négatifs l’incitant à mettre de côté sa carrière, le jeune francilien continue d’y croire. Confidences d’un athlète au chemin atypique et à la tête bien faite.

Johan Aquilon durant un shooting photo
Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Johan Aquilon
• Né le 8 septembre 1997
• Football

Je veux aller au bout de mon rêve. Si je fais tout ça, c’est aussi pour mon père. J’ai aimé le foot grâce à lui. Il est décédé quand j’avais 8 ans, et depuis, je rentre sur le terrain en pensant à lui. Je ne veux pas vivre avec des regrets, ou des « j’aurais dû », alors jusqu’au bout, j’essayerais.

Dès mes 5 ans, j’ai commencé à Bondoufle, un petit club près de chez moi. À 12 ans, j’ai pas-sé et réussi les tests pour entrer à l’INF Clairefontaine, pour suivre une préformation de deux ans. Même si je jouais attaquant à Bondoufle, j’ai tenté les sélections en tant que déf central. J’avais plus de chance, parce qu’en attaque, il y avait du niveau. Trop de talents, trop de bons joueurs. Et étonnement, j’ai passé tous les tours, jusqu’à être sélectionné.

« J’étais livré à moi-même »

Au début, ça a été dur de m’adapter. Je n’avais pas le niveau technique des autres joueurs. Ils ne me prenaient d’ailleurs pas vraiment au sérieux. Dès notre premier match contre Châteauroux, tout a changé. J’ai gagné le respect des autres. Le coach m’avait donné la meilleure note, et ça m’a aidé à avoir confiance en mes qualités.

Quelques clubs comme Lens, Auxerre ou Caen m’ont appelé. Franchement, je vivais un rêve éveillé. J’étais déjà fier d’être le joueur de la division la plus basse n’aillant jamais été pris à Clairefontaine. Je ne comprenais pas ce que j’avais de spécial.

À 15 ans, je rejoins le centre de formation de Bordeaux. J’ai choisi seul, je n’avais personne pour me conseiller. Ma mère me donnait son avis, mais à la fin c’est moi qui décidait.

Johan Aquilon portant le maillot de St John

Sauf qu’entre Clairefontaine et les Girondins, il y avait une grande différence : le gabarit des joueurs. Là-bas, ils étaient tous plus grands que moi. Du coup, ils m’ont fait jouer arrière droit. Il y avait déjà un joueur qui était clairement meilleur, ce qui m’a coûté beaucoup de matchs. Cette première année a quasiment été une saison blanche, j’ai dû jouer deux ou trois fois.

J’ai beaucoup douté et me posais énormément de questions. En sortant de Clairefontaine, on se sent tout beau, invincible, et au final j’arrive aux Girondins et me prends un mur. Je n’avais clairement pas le niveau. On est très peu accompagné, j’étais livré à moi-même. Mais c’est la réalité des centres de formation, c’est là qu’on gagne en maturité et en expérience.

« Pas le gabarit pour être un grand défenseur central »

Je me suis forgé un caractère, surtout que j’en ai eu besoin rapidement. A la fin de la saison, les coachs m’ont avoué qu’ils voulaient me laisser avec les U17 régionaux, plutôt que de me faire évoluer vers les nationaux, comme c’est normalement le cas. Beaucoup de défenseurs centraux se sont blessés et j’ai finalement eu ma chance. Marcelo Vada, l’entraîneur adjoint, avait poussé pour qu’on me fasse confiance. Et je lui ai rendu, en faisant le match de ma vie encore une fois contre Châteauroux. Grâce à ça, j’ai joué les deux autres saisons de mon centre de formation en tant que titulaire.

Pourtant, à la fin, Bordeaux ne me garde pas. Ils me trouvaient certainement bon, mais je ne pense pas qu’à un seul moment ils se soient dits que j’étais l’avenir. Ils voulaient des joueurs plus athlétiques que moi, parce que pour eux, je n’avais pas le gabarit pour être un grand défenseur central.

1’76m, 71 kgs. Trop petit.

Johan Aquilon marchant en tenue de ville

Ce ne sont que des critères de taille. On est pas des mannequins. Être grand, ça aide évidemment, mais je compensais par plein de choses. Tu m’emmènes un gars d’1’90m, je vais lui rentrer dedans. Ce n’est pas parce que je suis petit que je vais avoir peur.

Après les Girondins, j’étais livré à moi-même, sans agent. J’ai essayé par tous les moyens de me trouver mon propre essai. Je suis allé à Cannes, avant finalement que le Paris FC me de-mande de les rejoindre.

À Paris, on m’a fait pleinement confiance. J’étais capitaine des U19 nationaux, ce qui m’a donné l’impression de revivre : j’avais un statut important dans un club. Je m’entrainais avec l’équipe réserve en CFA2 et même parfois avec les pros. Je me sentais privilégié. Mais quelques mois avant la fin de la saison, j’ai eu une pubalgie. Le PFC n’était pas encore ce qu’il est aujourd’hui, et j’ai traîné ça pendant de longs mois, sans avoir de vrai suivi.

Alors que je pensais continuer avec le club la saison suivante, l’ensemble du staff de l’équipe réserve a changé. Ils ne voulaient plus de moi. Dans l’urgence et sans agent, encore une fois, je devais retrouver un nouveau club.

« Avoir une sécurité au niveau des études »

Je suis finalement arrivé à Drancy, en CFA. C’était une grosse étape pour moi, parce que je n’avais jamais joué avec les « grands ». Malheureusement, j’ai beaucoup joué avec l’équipe réserve. C’était dur… Certains amis touchaient le monde pro, alors pourquoi pas moi ? Je n’ai jamais voulu entendre ce qu’on me disait, je ne voulais plus entendre parler de ma taille.

Après trois ou quatre mois à Drancy, ma pubalgie est revenue. Je sentais une douleur… in-soutenable. J’ai suivi une période de réathlétisation, mais voyais bien que l’encadrement du club ne s’intéressait pas à mon bien-être. J’ai décidé de quitter Drancy en décembre 2016. Le début d’une période d’un an sans club.

J’ai dû me faire opérer en juin 2017, car ma pubalgie avait atteint un stade grave. Je n’avais plus de revenu, et pour avoir de l’argent, je faisais des missions d’intérim. J’allais au chantier, j’étais livreur ou vendeur ; dans les bourbiers du sport. Je n’avais pas le choix, je ne pouvais pas être une charge pour ma mère.

Johan Aquilon à l'entrainement riant avec un coéquipier

En janvier 2018, après avoir guéri et passé les problèmes administratifs d’un muté hors délai, j’ai rejoint Beauvais pendant quatre mois. Tout se passait bien, mais j’ai compris que je ne voulais pas vivre comme ça. Certains joueurs venaient du PSG et étaient là depuis des an-nées, alors qu’ils avaient plus de talent que moi. Je ne voulais pas de ça. Je peux gagner ma vie en jouant au foot, mais je devais avoir une certaine sécurité pour les études. Ce qui m’a amené à contacter FFF USA, une agence qui aide des jeunes joueurs à entrer dans une université américaine.

Après plusieurs détections et propositions de bourses, j’ai choisi St John’s University, à New-York, et espère être drafté en MLS en 2021 ou 2022.

Si il y a sept ou huit ans tu m’avais dit que je serais dans une université aux Etats-Unis, j’aurais rigolé. C’est sûr que je ne suis pas là où j’aurais voulu être, mais aujourd’hui, je suis bien. On verra pour demain.

Johan.

Johan.

Il est aussi grand que Johan Aquilon. Johan Aquilon. Je deviens Johan Aquilon. Nous serions Johan Aquilon. Peut-être un jour il aura son jour de chance. En revanche je veux devenir Johan Aquilon. Une boite de lunette détient le grand Johan Aquilon. Attention aux impératifs complète Mary. Johan Aquilon n'est autre que moi.

Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Mais qui est Johan Aquilon ?