L’âge d’Or de Maxime Beaumont

 

27 janvier 2020

L’âge d’Or de Maxime Beaumont

 

27 janvier 2020

L’âge d’Or de Maxime Beaumont

 

27 janvier 2020

Il y a des histoires que l’on aime raconter. Celle de Maxime Beaumont en fait incontestablement partie. Pilier de l’équipe de France depuis près de deux décennies, le kayakiste prendra logiquement part à sa troisième olympiade cet été à Tokyo (Japon). En pleine préparation pour aller chercher l’or au mois d’août, Maxime Beaumont est revenu pour nous sur sa longue et riche carrière. Portrait d’un géant, entre sincérité authentique et détermination à toute épreuve. 

Base Nautique Olympique et Paralympique de Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne), un mercredi de janvier. Un froid sec enveloppe le plan d’eau, futur théâtre des épreuves d’aviron, de kayak et de canoë en ligne des Jeux de Paris 2024. Alors que les instances fédérales de ces sports ont élu domicile au cœur d’infrastructures flambant neuves, Maxime Beaumont ne fait que passer. 5 jours, pas un de plus. Chaque entrainement, chaque séance de renforcement musculaire, chaque analyse vidéo compte. Car le natif de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) a un objectif, et il ne s’en cache pas : « Je vais aller chercher l’or olympique à Tokyo cet été, confie-t-il. J’ai tout mis en place depuis Rio pour cet objectif. Si je continue, c’est pour aller chercher cette médaille, pas pour participer ». Rien de moins.

Parce que le Graal, Maxime Beaumont l’a frôlé au Brésil au cours d’un été 2016 chargé en émotion. 165 millièmes l’ont séparé de la plus grande récompense sportive dont un athlète puisse rêver. Mais cela, le Pas-de-Calaisien ne le retient pas. Son immense sourire sur le podium « Carioca » de Rio avait ému la France entière. Sans doute parce qu’une médaille d’argent, il en a rêvé quelques années plus tôt. Agé de 34 ans lorsqu’il participe aux premiers Jeux Olympiques organisés en terres sud-américaines, le « Grand Max », comme on le surnomme parfois, vit sa deuxième expérience olympique après Londres (Royaume-Uni) en 2012. Cette année-là, il était également passé de justesse à côté d’une consécration sportive, terminant 4ème à 31 millièmes de la médaille de bronze. Au pied du podium. Rio lui avait alors donné raison : ses plus belles années n’étaient peut-être pas derrière lui, et ne le sont assurément toujours pas. Pour preuve, le Boulonnais est venu enrichir son palmarès d’une première victoire sur la scène internationale au cours des Jeux Européens de Minsk (Biélorussie) en juin 2019, à tout juste 37 ans. De quoi prétendre réitérer cette performance dans la baie de Tokyo (Japon) début août, pour celui qui, trop souvent peut-être, a dû se contenter des places d’honneur.

Une maturité tardive

Ainsi, à l’approche des Jeux, Maxime Beaumont se trouve indéniablement dans une des plus grandes formes de sa longue carrière. Comme si compter les années n’avait pas d’importance. A l’âge où de nombreux athlètes sont en pleine reconversion, lui ne cesse d’exceller sur l’eau. L’adage « Tout vient à point à qui sait attendre » pourrait résumer à lui seul la formidable ascension du vice-champion olympique vers le top niveau mondial. Un chiffre suffirait également : 9 de ses 10 podiums internationaux ont été réalisés après qu’il a soufflé ses 30 bougies.

Le kayakiste n’est pourtant pas un cas isolé. Les compétitions internationales nous ont habitué au cours de la dernière décennie à couronner des athlètes appartenant à la génération pré-1990. Ce constat semble cependant difficile à expliquer, même pour un des principaux intéressés : « C’est vrai qu’on voit pas mal de vieux faire de la résistance… ironise Maxime Beaumont. Je ne sais pas à quoi c’est dû, mais cela fait longtemps qu’un petit jeune n’a pas battu tout le monde, sans prévenir ».

Si l’homme du nord ne peut donner de véritable explication aux performances répétées des kayakistes les plus expérimentés du plateau, il sait mettre des mots sur son propre exemple. A 10 ans, il prend pour la première fois en main la pagaie double des kayakistes sur les bassins du Boulogne Canoë Kayak (BCK). Or la spécialité du club n’est autre que la pagaie simple du canoë. D’autant que la star locale se nomme Didier Hoyer, double médaillé de bronze aux Jeux de Los Angeles (Etats-Unis) en 1984 et de Barcelone (Espagne) en 1992 en canoë-biplace. Celui qui va finalement devenir son entraineur, va jouer un rôle essentiel dans l’ascension de M. Beaumont vers les sommets.

Pour vivre de son sport, aucun sacrifice n’est trop grand

Ne pas vivre de la pratique de sa discipline, le Grand Max s’y était résigné au début de sa carrière. Pas par manque de confiance en lui. Le temps lui manquait, face à des journées sans fin et des semaines à rallonge. En dehors de ses 20 heures d’entrainement hebdomadaires, le voici dans l’obligation de travailler à temps plein pour le BCK, dans un rôle de coach cette fois. Dès 6h du matin, il s’asseyait dans son bateau. La scène se répétait chaque midi et chaque soir, ne lui laissant pas plus de 30 minutes pour déjeuner et dîner.

Ce rythme effréné lui ouvre les portes de l’équipe de France, sans pour autant lui permettre d’y performer. Jusqu’à ce que Didier Hoyer, devenu président du BCK, vienne apporter sa pierre à l’édifice à la carrière de Maxime Beaumont : « Il m’a proposé un deal, se souvient ce dernier. Si un partenaire privé ou institutionnel donnait 1000€, je devais faire 1000€ d’heures en moins pour le club. J’ai enfin pu m’entraîner dans de bonnes conditions, et venir travailler occasionnellement pour effectuer le nombre d’heures qu’il me restait à faire ».

La qualité plutôt que la quantité. Encore aujourd’hui, M. Beaumont s’attache à conserver cette stratégie. Son programme quotidien prend en compte un nécessaire temps de récupération, facilitant les efforts sur la durée. En route pour Tokyo 2020, le vice-champion olympique ne laisse en revanche aucune place au doute : il est en mission. Malgré des températures inférieures à 0° C en ce mercredi de janvier, il sort du hangar abritant l’ensemble des équipements des athlètes, son bateau sur l’épaule, prêt à prendre le large. Les mains rougies par le froid glacial, Maxime Beaumont et ses partenaires d’entrainement avalent les 2 kilomètres du plan d’eau de la base olympique de Vaires-sur-Marne. L’intensité des coups de pagaie n’a d’égale que la puissance dégagée par ces dernières. La cadence ne cesse d’augmenter, jusqu’à réaliser 10 secondes à pleine puissance, chevaux lâchés. De quoi donner un bref aperçu de ce que le Nordiste proposera sur 200 mètres en août prochain.

Malgré ses 20 ans de carrière, pas question de songer à raccrocher la pagaie. Et ce qui le pousse à sacrifier une grande partie de sa vie personnelle reste indéniablement le plaisir de naviguer chaque semaine. De quoi envisager de prolonger l’aventure jusqu’à 2024 ? Rien n’est moins sûr. Le sport de haut niveau exige de consacrer presque la totalité de son énergie à sa discipline. Alors pour Maxime Beaumont, repartir pour un cycle olympique jusqu’aux Jeux de Paris n’est pas encore d’actualité : « Je suis bien placé pour savoir que rempiler pour 4 ans, c’est long. C’est à la maison, à Paris, donc ça change la donne. Mais il y a d’autres choses dans la vie que le kayak, et j’aimerais les développer ».

Après la lumière de Rio, un difficile retour sur terre

Comme toujours, c’est humblement que le Grand Max évoque son avenir, sans vraiment savoir jusqu’où son kayak le mènera. Ce qui est en revanche certain, c’est que la saveur d’une potentielle médaille n’est intense que si elle est partagée. A Rio en août 2016, Maxime Beaumont s’est paré d’argent. Le partage et la communion avec les athlètes, entraîneurs et supporters présents sur place ont rendu cette médaille encore plus belle. De retour chez lui à Boulogne-sur-Mer, aucun habitant ne manquait de le féliciter. Aucune récompense n’est plus belle pour un athlète que de profiter de la ferveur populaire. Et l’argent devient or.

Pourtant, tôt ou tard, cette émulation retombe. La lumière dont le Boulonnais bénéficiait s’est peu à peu éteinte, laissant place à plusieurs mois de remise en question professionnelle et personnelle. Le vide était profond : « En plus de l’énorme impact médiatique, j’ai eu des difficultés personnelles à gérer, explique-t-il. Il y a eu mon divorce, le fait que j’ai un enfant que je vois peu et un échec à un concours qui demandait beaucoup de travail. Beaucoup de choses ont fait que ça a été compliqué de gérer cette période ».
Reprendre le chemin de l’entrainement demande un effort difficile à imaginer pour le commun des mortels. L’exigence du sport de haut niveau use les corps et les esprits. Pour notre meilleur représentant français sur 200m, Rio lui avait apporté l’objectif d’une vie : une médaille olympique. Alors à quoi bon continuer ? La question s’est brièvement posée, tant les sacrifices offerts à sa discipline lui paraissaient immenses : « Je me suis dit : « Je suis vice-champion olympique, qu’est-ce que j’ai à prouver de plus ? », admet M. Beaumont. J’avais tellement donné à mon sport que j’étais vide. On pourrait même parler d’un début de dépression ».

Sauf que son histoire d’amour avec le kayak n’était pas encore arrivée à son terme. Habité d’une force mentale rare et d’un optimisme à toute épreuve, il l’avoue lui-même : le jour où le plaisir ne sera plus, il raccrochera la pagaie. Mais pour notre plus grand bonheur, ce jour n’est pas encore arrivé.

Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Il y a des histoires que l’on aime raconter. Celle de Maxime Beaumont en fait incontestablement partie. Pilier de l’équipe de France depuis près de deux décennies, le kayakiste prendra logiquement part à sa troisième olympiade cet été à Tokyo (Japon). En pleine préparation pour aller chercher l’or au mois d’août, Maxime Beaumont est revenu pour nous sur sa longue et riche carrière. Portrait d’un géant, entre sincérité authentique et détermination à toute épreuve. 

Maxime Beaumont, kayak en ligne français, vice-champion olympique en 2016, lors d'un shooting à la Vaires-sur-Marnes, pour By Athlete
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Maxime Beaumont
• Né le 23 avril 1982, 38 ans
• Kayak – course en ligne

Base Nautique Olympique et Paralympique de Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne), un mercredi de janvier. Un froid sec enveloppe le plan d’eau, futur théâtre des épreuves d’aviron, de kayak et de canoë en ligne des Jeux de Paris 2024. Alors que les instances fédérales de ces sports ont élu domicile au cœur d’infrastructures flambant neuves, Maxime Beaumont ne fait que passer. 5 jours, pas un de plus. Chaque entrainement, chaque séance de renforcement musculaire, chaque analyse vidéo compte. Car le natif de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) a un objectif, et il ne s’en cache pas : « Je vais aller chercher l’or olympique à Tokyo cet été, confie-t-il. J’ai tout mis en place depuis Rio pour cet objectif. Si je continue, c’est pour aller chercher cette médaille, pas pour participer ». Rien de moins.

Parce que le Graal, Maxime Beaumont l’a frôlé au Brésil au cours d’un été 2016 chargé en émotion. 165 millièmes l’ont séparé de la plus grande récompense sportive dont un athlète puisse rêver. Mais cela, le Pas-de-Calaisien ne le retient pas. Son immense sourire sur le podium « Carioca » de Rio avait ému la France entière. Sans doute parce qu’une médaille d’argent, il en a rêvé quelques années plus tôt. Âgé de 34 ans lorsqu’il participe aux premiers Jeux Olympiques organisés en terres sud-américaines, le « Grand Max », comme on le surnomme parfois, vit sa deuxième expérience olympique après Londres (Royaume-Uni) en 2012. Cette année-là, il était également passé de justesse à côté d’une consécration sportive, terminant 4ème à 31 millièmes de la médaille de bronze. Au pied du podium. Rio lui avait alors donné raison : ses plus belles années n’étaient peut-être pas derrière lui, et ne le sont assurément toujours pas. Pour preuve, le Boulonnais est venu enrichir son palmarès d’une première victoire sur la scène internationale au cours des Jeux Européens de Minsk (Biélorussie) en juin 2019, à tout juste 37 ans. De quoi prétendre réitérer cette performance dans la baie de Tokyo (Japon) début août, pour celui qui, trop souvent peut-être, a dû se contenter des places d’honneur.

Une maturité tardive

Ainsi, à l’approche des Jeux, Maxime Beaumont se trouve indéniablement dans une des plus grandes formes de sa longue carrière. Comme si compter les années n’avait pas d’importance. A l’âge où de nombreux athlètes sont en pleine reconversion, lui ne cesse d’exceller sur l’eau. L’adage « Tout vient à point à qui sait attendre » pourrait résumer à lui seul la formidable ascension du vice-champion olympique vers le top niveau mondial. Un chiffre suffirait également : 9 de ses 10 podiums internationaux ont été réalisés après qu’il a soufflé ses 30 bougies.

Le kayakiste n’est pourtant pas un cas isolé. Les compétitions internationales nous ont habitué au cours de la dernière décennie à couronner des athlètes appartenant à la génération pré-1990. Ce constat semble cependant difficile à expliquer, même pour un des principaux intéressés : « C’est vrai qu’on voit pas mal de vieux faire de la résistance… ironise Maxime Beaumont. Je ne sais pas à quoi c’est dû, mais cela fait longtemps qu’un petit jeune n’a pas battu tout le monde, sans prévenir ».

Si l’homme du nord ne peut donner de véritable explication aux performances répétées des kayakistes les plus expérimentés du plateau, il sait mettre des mots sur son propre exemple. A 10 ans, il prend pour la première fois en main la pagaie double des kayakistes sur les bassins du Boulogne Canoë Kayak (BCK). Or la spécialité du club n’est autre que la pagaie simple du canoë. D’autant que la star locale se nomme Didier Hoyer, double médaillé de bronze aux Jeux de Los Angeles (Etats-Unis) en 1984 et de Barcelone (Espagne) en 1992 en canoë-biplace. Celui qui va finalement devenir son entraîneur, va jouer un rôle essentiel dans l’ascension de M. Beaumont vers les sommets.

Pour vivre de son sport, aucun sacrifice n’est trop grand

Ne pas vivre de la pratique de sa discipline, le Grand Max s’y était résigné au début de sa carrière. Pas par manque de confiance en lui. Le temps lui manquait, face à des journées sans fin et des semaines à rallonge. En dehors de ses 20 heures d’entrainement hebdomadaires, le voici dans l’obligation de travailler à temps plein pour le BCK, dans un rôle de coach cette fois. Dès 6h du matin, il s’asseyait dans son bateau. La scène se répétait chaque midi et chaque soir, ne lui laissant pas plus de 30 minutes pour déjeuner et dîner.

Ce rythme effréné lui ouvre les portes de l’équipe de France, sans pour autant lui permettre d’y performer. Jusqu’à ce que Didier Hoyer, devenu président du BCK, vienne apporter sa pierre à l’édifice à la carrière de Maxime Beaumont : « Il m’a proposé un deal, se souvient ce dernier. Si un partenaire privé ou institutionnel donnait 1000€, je devais faire 1000€ d’heures en moins pour le club. J’ai enfin pu m’entraîner dans de bonnes conditions, et venir travailler occasionnellement pour effectuer le nombre d’heures qu’il me restait à faire ».

La qualité plutôt que la quantité. Encore aujourd’hui, M. Beaumont s’attache à conserver cette stratégie. Son programme quotidien prend en compte un nécessaire temps de récupération, facilitant les efforts sur la durée. En route pour Tokyo 2020, le vice-champion olympique ne laisse en revanche aucune place au doute : il est en mission. Malgré des températures inférieures à 0° C en ce mercredi de janvier, il sort du hangar abritant l’ensemble des équipements des athlètes, son bateau sur l’épaule, prêt à prendre le large. Les mains rougies par le froid glacial, Maxime Beaumont et ses partenaires d’entrainement avalent les 2 kilomètres du plan d’eau de la base olympique de Vaires-sur-Marne. L’intensité des coups de pagaie n’a d’égale que la puissance dégagée par ces dernières. La cadence ne cesse d’augmenter, jusqu’à réaliser 10 secondes à pleine puissance, chevaux lâchés. De quoi donner un bref aperçu de ce que le Nordiste proposera sur 200 mètres en août prochain.

Malgré ses 20 ans de carrière, pas question de songer à raccrocher la pagaie. Et ce qui le pousse à sacrifier une grande partie de sa vie personnelle reste indéniablement le plaisir de naviguer chaque semaine. De quoi envisager de prolonger l’aventure jusqu’à 2024 ? Rien n’est moins sûr. Le sport de haut niveau exige de consacrer presque la totalité de son énergie à sa discipline. Alors pour Maxime Beaumont, repartir pour un cycle olympique jusqu’aux Jeux de Paris n’est pas encore d’actualité : « Je suis bien placé pour savoir que rempiler pour 4 ans, c’est long. C’est à la maison, à Paris, donc ça change la donne. Mais il y a d’autres choses dans la vie que le kayak, et j’aimerais les développer ».

Après la lumière de Rio, un difficile retour sur terre

Comme toujours, c’est humblement que le Grand Max évoque son avenir, sans vraiment savoir jusqu’où son bateau le mènera. Ce qui est en revanche certain, c’est que la saveur d’une potentielle médaille n’est intense que si elle est partagée. A Rio en août 2016, Maxime Beaumont s’est paré d’argent. Le partage et la communion avec les athlètes, entraineurs et supporters présents sur place ont rendu cette médaille encore plus belle. De retour chez lui à Boulogne-sur-Mer, aucun habitant ne manquait de le féliciter. Aucune récompense n’est plus belle pour un athlète que de profiter de la ferveur populaire. Et l’argent devient or.

Pourtant, tôt ou tard, cette émulation retombe. La lumière dont le Boulonnais bénéficiait s’est peu à peu éteinte, laissant place à plusieurs mois de remise en question professionnelle et personnelle. Le vide était profond : « En plus de l’énorme impact médiatique, j’ai eu des difficultés personnelles à gérer, explique-t-il. Il y a eu mon divorce, le fait que j’ai un enfant que je vois peu et un échec à un concours qui demandait beaucoup de travail. Beaucoup de choses ont fait que ça a été compliqué de gérer cette période ».

Reprendre le chemin de l’entrainement demande un effort difficile à imaginer pour le commun des mortels. L’exigence du sport de haut niveau use les corps et les esprits. Pour notre meilleur représentant français sur 200m, Rio lui avait apporté l’objectif d’une vie : une médaille olympique. Alors à quoi bon continuer ? La question s’est brièvement posée, tant les sacrifices offerts à sa discipline lui paraissaient immenses : « Je me suis dit : « Je suis vice-champion olympique, qu’est-ce que j’ai à prouver de plus ? », admet M. Beaumont. J’avais tellement donné à mon sport que j’étais vide. On pourrait même parler d’un début de dépression ».

Sauf que son histoire d’amour avec le kayak n’était pas encore arrivée à son terme. Habité d’une force mentale rare et d’un optimisme à toute épreuve, il l’avoue lui-même : le jour où le plaisir ne sera plus, il raccrochera la pagaie. Mais pour notre plus grand bonheur, ce jour n’est pas encore arrivé.

Mais qui est Maxime Beaumont ?

Humble et déterminé : ces deux mots pourraient résumer à eux-seuls la personnalité de Maxime Beaumont. Le kayakiste originaire de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) continue à 37 ans passés de faire chavirer les lignes d’eaux du monde entier. Vice-champion olympique (2016), vice-champion du monde (2015), vainqueur des Jeux Européens (2019), 10 fois champions de France (entre 2011 et 2019), Maxime Beaumont visera le titre olympique aux Jeux de Tokyo l’été prochain. Malgré un palmarès impressionnant, le kayakiste n’a véritablement explosé qu’en deuxième partie de carrière, grâce à un aménagement dans ces conditions d’entrainement. A l’âge où de nombreux athlètes ont laissé leur discipline derrière eux, Maxime Beaumont n’envisage pas d’arrêter après les Jeux Olympiques 2020. Les championnats d’Europe 2021 auront lieu en France, de quoi nourrir encore et toujours de grandes ambitions pour le Pas-de-Calaisien.

Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Il y a des histoires que l’on aime raconter. Celle de Maxime Beaumont en fait incontestablement partie. Pilier de l’équipe de France depuis près de deux décennies, le kayakiste prendra logiquement part à sa troisième olympiade cet été à Tokyo (Japon). En pleine préparation pour aller chercher l’or au mois d’août, Maxime Beaumont est revenu pour nous sur sa longue et riche carrière. Portrait d’un géant, entre sincérité authentique et détermination à toute épreuve. 

Maxime Beaumont, kayak en ligne français, vice-champion olympique en 2016, lors d'un shooting à la Vaires-sur-Marnes, pour By Athlete
Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Maxime Beaumont
• Né le 23 avril 1982, 38 ans
• Kayak – course en ligne

Base Nautique Olympique et Paralympique de Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne), un mercredi de janvier. Un froid sec enveloppe le plan d’eau, futur théâtre des épreuves d’aviron, de kayak et de canoë en ligne des Jeux de Paris 2024. Alors que les instances fédérales de ces sports ont élu domicile au cœur d’infrastructures flambant neuves, Maxime Beaumont ne fait que passer. 5 jours, pas un de plus. Chaque entraînement, chaque séance de renforcement musculaire, chaque analyse vidéo compte. Car le natif de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) a un objectif, et il ne s’en cache pas : « Je vais aller chercher l’or olympique à Tokyo cet été, confie-t-il. J’ai tout mis en place depuis Rio pour cet objectif. Si je continue, c’est pour aller chercher cette médaille, pas pour participer ». Rien de moins.

Parce que le Graal, Maxime Beaumont l’a frôlé au Brésil au cours d’un été 2016 chargé en émotion. 165 millièmes l’ont séparé de la plus grande récompense sportive dont un athlète puisse rêver. Mais cela, le Pas-de-Calaisien ne le retient pas. Son immense sourire sur le podium « Carioca » de Rio avait ému la France entière. Sans doute parce qu’une médaille d’argent, il en a rêvé quelques années plus tôt. Âgé de 34 ans lorsqu’il participe aux premiers Jeux Olympiques organisés en terres sud-américaines, le « Grand Max », comme on le surnomme parfois, vit sa deuxième expérience olympique après Londres (Royaume-Uni) en 2012. Cette année-là, il était également passé de justesse à côté d’une consécration sportive, terminant 4ème à 31 millièmes de la médaille de bronze. Au pied du podium. Rio lui avait alors donné raison : ses plus belles années n’étaient peut-être pas derrière lui, et ne le sont assurément toujours pas. Pour preuve, le Boulonnais est venu enrichir son palmarès d’une première victoire sur la scène internationale au cours des Jeux Européens de Minsk (Biélorussie) en juin 2019, à tout juste 37 ans. De quoi prétendre réitérer cette performance dans la baie de Tokyo (Japon) début août, pour celui qui, trop souvent peut-être, a dû se contenter des places d’honneur.

Maturité tardive

Ainsi, à l’approche des Jeux, Maxime Beaumont se trouve indéniablement dans une des plus grandes formes de sa longue carrière. Comme si compter les années n’avait pas d’importance. A l’âge où de nombreux athlètes sont en pleine reconversion, lui ne cesse d’exceller sur l’eau. L’adage « Tout vient à point à qui sait attendre » pourrait résumer à lui seul la formidable ascension du vice-champion olympique vers le top niveau mondial. Un chiffre suffirait également : 9 de ses 10 podiums internationaux ont été réalisés après qu’il a soufflé ses 30 bougies.

Le kayakiste n’est pourtant pas un cas isolé. Les compétitions internationales nous ont habitué au cours de la dernière décennie à couronner des athlètes appartenant à la génération pré-1990. Ce constat semble cependant difficile à expliquer, même pour un des principaux intéressés : « C’est vrai qu’on voit pas mal de vieux faire de la résistance… ironise Maxime Beaumont. Je ne sais pas à quoi c’est dû, mais cela fait longtemps qu’un petit jeune n’a pas battu tout le monde, sans prévenir ».

Si l’homme du nord ne peut donner de véritable explication aux performances répétées des kayakistes les plus expérimentés du plateau, il sait mettre des mots sur son propre exemple. A 10 ans, il prend pour la première fois en main la pagaie double des kayakistes sur les bassins du Boulogne Canoë Kayak (BCK). Or la spécialité du club n’est autre que la pagaie simple du canoë. D’autant que la star locale se nomme Didier Hoyer, double médaillé de bronze aux Jeux de Los Angeles (Etats-Unis) en 1984 et de Barcelone (Espagne) en 1992 en canoë-biplace. Celui qui va finalement devenir son entraîneur, va jouer un rôle essentiel dans l’ascension de M. Beaumont vers les sommets.

Pour vivre de son sport, aucun sacrifice n’est trop grand

Ne pas vivre uniquement de la pratique de sa discipline, le Grand Max s’y était résigné au début de sa carrière. Pas par manque de confiance en lui. Le temps lui manquait, face à des journées sans fin et des semaines à rallonge. En dehors de ses 20 heures d’entrainement hebdomadaires, le voici dans l’obligation de travailler à temps plein pour le BCK, dans un rôle de coach cette fois. Dès 6h du matin, il s’asseyait dans son bateau. La scène se répétait chaque midi et chaque soir, ne lui laissant pas plus de 30 minutes pour déjeuner et dîner.
Ce rythme effréné lui ouvre les portes de l’équipe de France, sans pour autant lui permettre d’y performer. Jusqu’à ce que Didier Hoyer, devenu président du BCK, vienne apporter sa pierre à l’édifice à la carrière de Maxime Beaumont : « Il m’a proposé un deal, se souvient ce dernier. Si un partenaire privé ou institutionnel donnait 1000€, je devais faire 1000€ d’heures en moins pour le club. J’ai enfin pu m’entrainer dans de bonnes conditions, et venir travailler occasionnellement pour effectuer le nombre d’heures qu’il me restait à faire ».

La qualité plutôt que la quantité. Encore aujourd’hui, M. Beaumont s’attache à conserver cette stratégie. Son programme quotidien prend en compte un nécessaire temps de récupération, facilitant les efforts sur la durée. En route pour Tokyo 2020, le vice-champion olympique ne laisse en revanche aucune place au doute : il est en mission. Malgré des températures inférieures à 0° C en ce mercredi de janvier, il sort du hangar abritant l’ensemble des équipements des athlètes, son bateau sur l’épaule, prêt à prendre le large. Les mains rougies par le froid glacial, Maxime Beaumont et ses partenaires d’entrainement avalent les 2 kilomètres du plan d’eau de la base olympique de Vaires-sur-Marne. L’intensité des coups de pagaie n’a d’égale que la puissance dégagée par ces dernières. La cadence ne cesse d’augmenter, jusqu’à réaliser 10 secondes à pleine puissance, chevaux lâchés. De quoi donner un bref aperçu de ce que le Nordiste proposera sur 200 mètres en août prochain.

Malgré ses 20 ans de carrière, pas question de songer à raccrocher la pagaie. Et ce qui le pousse à sacrifier une grande partie de sa vie personnelle reste indéniablement le plaisir de naviguer chaque semaine. De quoi envisager de prolonger l’aventure jusqu’à 2024 ? Rien n’est moins sûr. Le sport de haut niveau exige de consacrer presque la totalité de son énergie à sa discipline. Alors pour Maxime Beaumont, repartir pour un cycle olympique jusqu’aux Jeux de Paris n’est pas encore d’actualité : « Je suis bien placé pour savoir que rempiler pour 4 ans, c’est long. C’est à la maison, à Paris, donc ça change la donne. Mais il y a d’autres choses dans la vie que le kayak, et j’aimerais les développer ».

Après la lumière de Rio, un difficile retour sur terre

Comme toujours, c’est humblement que le Grand Max évoque son avenir, sans vraiment savoir jusqu’où son bateau le mènera. Ce qui est en revanche certain, c’est que la saveur d’une potentielle médaille n’est intense que si elle est partagée. A Rio en août 2016, Maxime Beaumont s’est paré d’argent. Le partage et la communion avec les athlètes, entraineurs et supporters présents sur place ont rendu cette médaille encore plus belle. De retour chez lui à Boulogne-sur-Mer, aucun habitant ne manquait de le féliciter. Aucune récompense n’est plus belle pour un athlète que de profiter de la ferveur populaire. Et l’argent devient or.

Pourtant, tôt ou tard, cette émulation retombe. La lumière dont le Boulonnais bénéficiait s’est peu à peu éteinte, laissant place à plusieurs mois de remise en question professionnelle et personnelle. Le vide était profond : « En plus de l’énorme impact médiatique, j’ai eu des difficultés personnelles à gérer, explique-t-il. Il y a eu mon divorce, le fait que j’ai un enfant que je vois peu et un échec à un concours qui demandait beaucoup de travail. Beaucoup de choses ont fait que ça a été compliqué de gérer cette période ».

Reprendre le chemin de l’entrainement demande un effort difficile à imaginer pour le commun des mortels. L’exigence du sport de haut niveau use les corps et les esprits. Pour notre meilleur représentant français sur 200m, Rio lui avait apporté l’objectif d’une vie : une médaille olympique. Alors à quoi bon continuer ? La question s’est brièvement posée, tant les sacrifices offerts à sa discipline lui paraissaient immenses : « Je me suis dit : « Je suis vice-champion olympique, qu’est-ce que j’ai à prouver de plus ? », admet M. Beaumont. J’avais tellement donné à mon sport que j’étais vide. On pourrait même parler d’un début de dépression ».

Sauf que son histoire d’amour avec le kayak n’était pas encore arrivée à son terme. Habité d’une force mentale rare et d’un optimisme à toute épreuve, il l’avoue lui-même : le jour où le plaisir ne sera plus, il raccrochera la pagaie. Mais pour notre plus grand bonheur, ce jour n’est pas encore arrivé.