Renaissance

par Sofia Nabet

 

26 mars 2020

Renaissance

par Sofia Nabet

26 mars 2020

Renaissance

par Sofia Nabet

26 mars 2020

Certains événements inattendus peuvent venir interrompre brutalement une carrière jusque-là menée avec brio. Sofia Nabet a vécu cette situation, bloquée sur un canapé pendant de nombreux mois. Sans la possibilité de bouger ses jambes, la jeune boxeuse a bien cru ne jamais pouvoir remarcher.
Confessions d’une athlète pleine de vie, après avoir épousé une longue traversée du désert.

Mes jambes, si mobiles en temps normal, ne répondaient plus. Une douleur intense venait de traverser mon corps en un éclair. Je restais sur place, comme foudroyée, après avoir simplement toussé. Aucune larme ne couvrait mes joues, bloquées par la souffrance. Respirer me paraissait impossible. Je tenais pourtant encore debout grâce au pharmacien venu m’apporter son aide. Mais à l’instant où les pompiers m’ont allongée sur le brancard, une année de cauchemar commençait.

Cette blessure n’était peut-être pas le fruit du hasard

Mes échecs répétés en quarts de finale de championnat de France me pesaient. Trois années de suite, ce stade de la compétition avait marqué la fin de mon aventure. Un blocage mental me pétrifiait, comme si la peur de gagner prenait possession de tous mes membres. Je me suis remise en question, croyant que le problème était dû à un manque d’entraînement.

Alors j’ai contraint mon corps à subir encore plus de travail. Je ne pouvais plus m’arrêter, plus m’écouter. Des douleurs dans le dos sont apparues quelques temps avant ce fameux jour de 2011. Je voulais battre ces filles, et j’allais y arriver. Je ne savais pas d’où venait le problème, mais je me disais que physiquement je n’étais pas au top. Franchement, j’ai fait n’importe quoi.

Sofia Nabet se repose pendant un entrainement
©️ Eléonore Krainik

Et puis un jour, j’ai eu des difficultés à sortir de mon lit. Ma tête ne commandait plus vraiment mes jambes, et la douleur grandissait. En me voyant, le pharmacien m’a proposé de me donner de suite un anti-inflammatoire. J’ai compris à ce moment-là que quelque chose n’allait pas. La suite, vous la connaissez.

Quelque chose clochait.

Les résultats des examens ont tardé et le diagnostic n’est pas immédiatement tombé. De l’intérieur, je ressentais chaque pression exercée sur ma jambe. Mon cerveau ne pouvait cependant pas lui dire de se plier, comme si une connexion ne se faisait plus. Paralysée.

Je suis restée à l’hôpital deux ou trois semaines, avec des cachets à longueur de journée. Personne n’était capable de mettre un nom sur ce mal qui me rongeait. L’attente devenait insupportable, parce que je sentais que nous étions tous dans le flou. Je suis retournée vivre chez ma sœur, comme avant, et les examens se sont poursuivis. Finalement, les médecins m’ont annoncé que je souffrais d’un « bulging discal », ou hernie paralysante. Au lieu de sortir vers l’extérieur, la hernie s’était créée vers l’intérieur. Une opération était envisageable, mais nous avons décidé de ne pas la faire. Je n’avais que 21 ans et était sportive de haut niveau. Me faire opérer signifiait la fin de mon rêve d’être, un jour, boxeuse professionnelle. Au mieux la blessure allait se résorber. Au pire, je ne pourrais plus jamais remarcher.

Pendant plus de 8 mois, je suis restée comme ça. Ma sœur m’assistait dans tout ce que je faisais, car je ne pouvais plus manger, me laver ou aller aux toilettes seule. Les infirmières ne me piquaient plus sur les jambes ou les fesses, des dizaines de bleus recouvrant ma peau. Je déprimais de voir mes concurrentes progresser, tandis que de mon côté, je me battais pour simplement être autonome.

Sofia Nabet se repose pendant un entrainement
©️ Eléonore Krainik

Puis un jour, devant affronter une envie pressante, j’ai réussi à me relever pour m’assoir. Cette sensation était unique… Le début de la renaissance, après avoir été coincée si longtemps allongée sur un canapé. De temps en temps, des « pics de connexion » me permettaient de retrouver des sensations. Une phase de 3 ans de rééducation a ainsi débuté pour me réapprendre à marcher correctement.

Un miracle ne suffisait pas, il m’en fallait un deuxième.

En 2016, le sport a de nouveau fait partie de ma vie. J’ai recommencé en salle, avec des efforts basiques. Pendant 4 ans, je me suis demandée si j’allais pouvoir remarcher correctement ou porter des enfants. Donc reprendre le sport, c’était comme une délivrance. J’ai pu de nouveau boxer, et me qualifier pour les championnats de France amateur 2016. Mes bons résultats m’ont menée jusqu’à la consécration que je chassais depuis de si nombreuses années : une ceinture.

En février 2017, je deviens championne de France pour la première fois de ma carrière. Lorsque je la reçois, ma première pensée va vers mon papa. Il m’a tout appris. Mais les années après ma blessure ont été difficile pour lui, et nos relations se sont tendues. Il pensait que je le laissais tomber. J’ai plusieurs fois combattu avec une cheville cassée, mais cette fois, je ne pouvais passer outre la souffrance. Nous allions officiellement sortir de toute cette période, en réalisant un rêve de famille.

Puis j’ai de nouveau regardé ma ceinture. Je la serrais si fort. Intérieurement, je me suis dit : « Ouah… On m’avait affirmé que je ne pourrais plus rien faire seule ». Pourtant, j’étais bien là, sur le ring. Cette épreuve était derrière moi, j’avais réussi. Une délivrance.

Sofia.

Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Certains événements inattendus peuvent venir interrompre brutalement une carrière jusque-là menée avec brio. Sofia Nabet a vécu cette situation, bloquée sur un canapé pendant de nombreux mois. Sans la possibilité de bouger ses jambes, la jeune boxeuse a bien cru ne jamais pouvoir remarcher.
Confessions d’une athlète pleine de vie, après avoir épousé une longue traversée du désert.

Sofia Nabet dans Paris
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Sofia Nabet
• Née le 8 décembre 1989
• Boxe anglaise

Mes jambes, si mobiles en temps normal, ne répondaient plus. Une douleur intense venait de traverser mon corps en un éclair. Je restais sur place, comme foudroyée, après avoir simplement toussé. Aucune larme ne couvrait mes joues, bloquées par la souffrance. Respirer me paraissait impossible. Je tenais pourtant encore debout grâce au pharmacien venu m’apporter son aide. Mais à l’instant où les pompiers m’ont allongée sur le brancard, une année de cauchemar commençait. 

Cette blessure n’était peut-être pas le fruit du hasard.

Mes échecs répétés en quarts de finale de championnat de France me pesaient. Trois années de suite, ce stade de la compétition avait marqué la fin de mon aventure. Un blocage mental me pétrifiait, comme si la peur de gagner prenait possession de tous mes membres. Je me suis remise en question, croyant que le problème était dû à un manque d’entraînement.

Alors j’ai contraint mon corps à subir encore plus de travail. Je ne pouvais plus m’arrêter, plus m’écouter. Des douleurs dans le dos sont apparues quelques temps avant ce fameux jour de 2011. Je voulais battre ces filles, et j’allais y arriver. Je ne savais pas d’où venait le problème, mais je me disais que physiquement je n’étais pas au top. Franchement, j’ai fait n’importe quoi.

©️ Eléonore Krainik

Et puis un jour, j’ai eu des difficultés à sortir de mon lit. Ma tête ne commandait plus vraiment mes jambes, et la douleur grandissait. En me voyant, le pharmacien m’a proposé de me donner de suite un anti-inflammatoire. J’ai compris à ce moment-là que quelque chose n’allait pas. La suite, vous la connaissez.

Quelque chose clochait.

Les résultats des examens ont tardé et le diagnostic n’est pas immédiatement tombé. De l’intérieur, je ressentais chaque pression exercée sur ma jambe. Mon cerveau ne pouvait cependant pas lui dire de se plier, comme si une connexion ne se faisait plus. Paralysée.

Je suis restée à l’hôpital deux ou trois semaines, avec des cachets à longueur de journée. Personne n’était capable de mettre un nom sur ce mal qui me rongeait. L’attente devenait insupportable, parce que je sentais que nous étions tous dans le flou. Je suis retournée vivre chez ma sœur, comme avant, et les examens se sont poursuivis. Finalement, les médecins m’ont annoncé que je souffrais d’un « bulging discal », ou hernie paralysante. Au lieu de sortir vers l’extérieur, la hernie s’était créée vers l’intérieur. Une opération était envisageable, mais nous avons décidé de ne pas la faire. Je n’avais que 21 ans et était sportive de haut niveau. Me faire opérer signifiait la fin de mon rêve d’être, un jour, boxeuse professionnelle. Au mieux la blessure allait se résorber. Au pire, je ne pourrais plus jamais remarcher.

Pendant plus de 8 mois, je suis restée comme ça. Ma sœur m’assistait dans tout ce que je faisais, car je ne pouvais plus manger, me laver ou aller aux toilettes seule. Les infirmières ne me piquaient plus sur les jambes ou les fesses, des dizaines de bleus recouvrant ma peau. Je déprimais de voir mes concurrentes progresser, tandis que de mon côté, je me battais pour simplement être autonome.

Sofia Nabet se repose pendant un entrainement
©️ Eléonore Krainik

Puis un jour, devant affronter une envie pressante, j’ai réussi à me relever pour m’assoir. Cette sensation était unique… Le début de la renaissance, après avoir été coincée si longtemps allongée sur un canapé. De temps en temps, des « pics de connexion » me permettaient de retrouver des sensations. Une phase de 3 ans de rééducation a ainsi débuté pour me réapprendre à marcher correctement.

Un miracle ne suffisait pas, il m’en fallait un deuxième.

En 2016, le sport a de nouveau fait partie de ma vie. J’ai recommencé en salle, avec des efforts basiques. Pendant 4 ans, je me suis demandée si j’allais pouvoir remarcher correctement ou porter des enfants. Donc reprendre le sport, c’était comme une délivrance. J’ai pu de nouveau boxer, et me qualifier pour les championnats de France amateur 2016. Mes bons résultats m’ont menée jusqu’à la consécration que je chassais depuis de si nombreuses années : une ceinture.

En février 2017, je deviens championne de France pour la première fois de ma carrière. Lorsque je la reçois, ma première pensée va vers mon papa. Il m’a tout appris. Mais les années après ma blessure ont été difficile pour lui, et nos relations se sont tendues. Il pensait que je le laissais tomber. J’ai plusieurs fois combattu avec une cheville cassée, mais cette fois, je ne pouvais passer outre la souffrance. Nous allions officiellement sortir de toute cette période, en réalisant un rêve de famille.

Puis j’ai de nouveau regardé ma ceinture. Je la serrais si fort. Intérieurement, je me suis dit : « Ouah… On m’avait affirmé que je ne pourrais plus rien faire seule ». Pourtant, j’étais bien là, sur le ring. Cette épreuve était derrière moi, j’avais réussi. Une délivrance.

Sofia.

Sofia.

Il est aussi grand que Sofia Nabet. Sofia Nabet. Je deviens Sofia Nabet. Nous serions Sofia Nabet. Peut-être un jour il aura son jour de chance. En revanche je veux devenir Sofia Nabet. Une boite de lunette détient le grand Sofia Nabet. Attention aux impératifs complète Mary. Sofia Nabet n'est autre que moi.

Mais qui est Sofia Nabet ?

Depuis ses 15 ans, Sofia Nabet aspire à conquérir les rings. Son père, pratiquant puis coach, a toujours baigné dans ce milieu, elle attend que ce dernier ouvre une salle pour enfiler les gants pour la première fois. Sa passion et sa détermination grandissent au fil des combats. Après trois échecs en quart de finale des championnats de France de boxe amateur, la boxeuse, originaire de Chauny dans l’Aisne, se blesse gravement au dos en 2011. Paralysée pendant de nombreux mois, elle se battra pour revenir au plus haut niveau.
Six ans après sa blessure elle devient, en 2017, championne de France des moins de 57kgs.
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Certains événements inattendus peuvent venir interrompre brutalement une carrière jusque-là menée avec brio. Sofia Nabet a vécu cette situation, bloquée sur un canapé pendant de nombreux mois. Sans la possibilité de bouger ses jambes, la jeune boxeuse a bien cru ne jamais pouvoir remarcher.
Confessions d’une athlète pleine de vie, après avoir épousé une longue traversée du désert.

Sofia Nabet dans Paris
Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Sofia Nabet
• Née le 8 décembre 1989
• Boxe anglaise

Mes jambes, si mobiles en temps normal, ne répondaient plus. Une douleur intense venait de traverser mon corps en un éclair. Je restais sur place, comme foudroyée, après avoir simplement toussé. Aucune larme ne couvrait mes joues, bloquées par la souffrance. Respirer me paraissait impossible. Je tenais pourtant encore debout grâce au pharmacien venu m’apporter son aide. Mais à l’instant où les pompiers m’ont allongée sur le brancard, une année de cauchemar commençait.

Cette blessure n’était peut-être pas le fruit du hasard. 

Mes échecs répétés en quarts de finale de championnat de France me pesaient. Trois années de suite, ce stade de la compétition avait marqué la fin de mon aventure. Un blocage mental me pétrifiait, comme si la peur de gagner prenait possession de tous mes membres. Je me suis remise en question, croyant que le problème était dû à un manque d’entraînement.

Alors j’ai contraint mon corps à subir encore plus de travail. Je ne pouvais plus m’arrêter, plus m’écouter. Des douleurs dans le dos sont apparues quelques temps avant ce fameux jour de 2011. Je voulais battre ces filles, et j’allais y arriver. Je ne savais pas d’où venait le problème, mais je me disais que physiquement je n’étais pas au top. Franchement, j’ai fait n’importe quoi.

Sofia Nabet se repose pendant un entrainement
©️ Eléonore Krainik

Et puis un jour, j’ai eu des difficultés à sortir de mon lit. Ma tête ne commandait plus vraiment mes jambes, et la douleur grandissait. En me voyant, le pharmacien m’a proposé de me donner de suite un anti-inflammatoire. J’ai compris à ce moment-là que quelque chose n’allait pas. La suite, vous la connaissez.

Quelque chose clochait.

Les résultats des examens ont tardé et le diagnostic n’est pas immédiatement tombé. De l’intérieur, je ressentais chaque pression exercée sur ma jambe. Mon cerveau ne pouvait cependant pas lui dire de se plier, comme si une connexion ne se faisait plus. Paralysée.

Je suis restée à l’hôpital deux ou trois semaines, avec des cachets à longueur de journée. Personne n’était capable de mettre un nom sur ce mal qui me rongeait. L’attente devenait insupportable, parce que je sentais que nous étions tous dans le flou. Je suis retournée vivre chez ma sœur, comme avant, et les examens se sont poursuivis. Finalement, les médecins m’ont annoncé que je souffrais d’un « bulging discal », ou hernie paralysante. Au lieu de sortir vers l’extérieur, la hernie s’était créée vers l’intérieur. Une opération était envisageable, mais nous avons décidé de ne pas la faire. Je n’avais que 21 ans et était sportive de haut niveau. Me faire opérer signifiait la fin de mon rêve d’être, un jour, boxeuse professionnelle. Au mieux la blessure allait se résorber. Au pire, je ne pourrais plus jamais remarcher.

Pendant plus de 8 mois, je suis restée comme ça. Ma sœur m’assistait dans tout ce que je faisais, car je ne pouvais plus manger, me laver ou aller aux toilettes seule. Les infirmières ne me piquaient plus sur les jambes ou les fesses, des dizaines de bleus recouvrant ma peau. Je déprimais de voir mes concurrentes progresser, tandis que de mon côté, je me battais pour simplement être autonome.

Sofia Nabet se repose pendant un entrainement
©️ Eléonore Krainik

Puis un jour, devant affronter une envie pressante, j’ai réussi à me relever pour m’assoir. Cette sensation était unique… Le début de la renaissance, après avoir été coincée si longtemps allongée sur un canapé. De temps en temps, des « pics de connexion » me permettaient de retrouver des sensations. Une phase de 3 ans de rééducation a ainsi débuté pour me réapprendre à marcher correctement.

Un miracle ne suffisait pas, il m’en fallait un deuxième.

En 2016, le sport a de nouveau fait partie de ma vie. J’ai recommencé en salle, avec des efforts basiques. Pendant 4 ans, je me suis demandée si j’allais pouvoir remarcher correctement ou porter des enfants. Donc reprendre le sport, c’était comme une délivrance. J’ai pu de nouveau boxer, et me qualifier pour les championnats de France amateur 2016. Mes bons résultats m’ont menée jusqu’à la consécration que je chassais depuis de si nombreuses années : une ceinture.

En février 2017, je deviens championne de France pour la première fois de ma carrière. Lorsque je la reçois, ma première pensée va vers mon papa. Il m’a tout appris. Mais les années après ma blessure ont été difficile pour lui, et nos relations se sont tendues. Il pensait que je le laissais tomber. J’ai plusieurs fois combattu avec une cheville cassée, mais cette fois, je ne pouvais passer outre la souffrance. Nous allions officiellement sortir de toute cette période, en réalisant un rêve de famille.

Puis j’ai de nouveau regardé ma ceinture. Je la serrais si fort. Intérieurement, je me suis dit : « Ouah… On m’avait affirmé que je ne pourrais plus rien faire seule ». Pourtant, j’étais bien là, sur le ring. Cette épreuve était derrière moi, j’avais réussi. Une délivrance.

Sofia.

Sofia.

Il est aussi grand que Sofia Nabet. Sofia Nabet. Je deviens Sofia Nabet. Nous serions Sofia Nabet. Peut-être un jour il aura son jour de chance. En revanche je veux devenir Sofia Nabet. Une boite de lunette détient le grand Sofia Nabet. Attention aux impératifs complète Mary. Sofia Nabet n'est autre que moi.