Se blesser, pour mieux se relever
par Mame-Ibra Anne

24 février 2020

Se blesser, pour mieux se relever
par Mame-Ibra Anne

24 février 2020

Se blesser, pour mieux se relever
par Mame-Ibra Anne

24 février 2020

Passer de la lumière à l’ombre en seulement quelques mois est une des expériences les plus difficiles à appréhender pour un sportif de haut niveau. A la suite d’une rupture du tendon d’Achille en 2017, le spécialiste du 400 mètres Mame-Ibra Anne l’a subie de plein fouet. S’ensuit alors une longue période de doutes, de joies, de rencontres, pour celui qui tentera de participer à ses premiers Jeux Olympiques en individuel cet été à Tokyo (Japon). Confessions d’un homme qu’une blessure a rendu plus fort.

2020, c’est peut-être l’année ou jamais. J’ai vu, vécu et appris beaucoup de choses ces dernières saisons. Alors c’est le moment.

Après les championnats du monde de Doha (Qatar) en octobre dernier, j’ai ressenti une certaine plénitude. Titulaire avec le relais 4X400 mètres, j’ai apporté ma pierre à l’édifice pour le qualifier aux Jeux de Tokyo (Japon) l’été prochain. J’aurais voulu participer en individuel, mais être présent uniquement pour le relais m’a donné une surmotivation pour être à Tokyo. Cette fois, je veux avoir mon nom sur mon dossard. 

« Ne pas pouvoir marcher, un comble lorsque ton métier est de courir »

Je ne connaissais pas le mot « remplaçant ». Pourtant, en quelques mois, je suis passé de meilleur français à athlète quasi-inexistant. Une certaine routine s’était installée, et je réalisais le meilleur chrono tricolore chaque année entre 2013 et 2016. Lorsque tu tiens le haut de l’affiche, repartir de zéro est une épreuve en soi. Mais quelque chose devait se passer. Comme un électrochoc.

Après les Jeux Olympiques sous le Soleil et la chaleur de Rio (Brésil) en 2016, j’ai ressenti comme une décompression. Là encore, je n’avais participé à la compétition qu’avec le relais. Mes performances me permettaient d’être sélectionnable pour les Jeux, mais un rien m’a manqué pour passer les minimas français. Alors j’ai pris part à la fête avec les copains et l’équipe. Dans un premier temps, ne pas courir en individuel ne m’a pas atteint. J’étais heureux d’être aux Jeux. Puis tu rentres chez toi, et reprends l’entraînement.

Pour nous, athlètes, l’avenir se construit en 4 ans. Depuis 2009, je gardais le même rythme, sans me poser des questions ou changer ma façon de faire. Je faisais les choses comme ça, sans réfléchir. C’est à ce moment-là, en octobre 2016, que des douleurs ont commencé à apparaître. Je ne me sentais pas très bien dans mes baskets. Je me laissais porter, sans m’oxygéner l’esprit. La déception de ne pas avoir foulé la piste du stade olympique en individuel resurgissait. L’inévitable est arrivé, 9 mois après Rio. Rupture du tendon direct et réfléchi du droit fémoral. Difficile à dire, encore plus à encaisser. Je ne connaissais pas les blessures. Elles m’avaient épargné, comme un signe du destin. Et pour ne rien arranger, c’était du sérieux. Plus que jamais, l’avenir allait se construire en 4 ans.

J’ai passé 40 jours sans marcher. Ne pas mettre un pied au sol, un comble pour un athlète dont le métier est de courir. Je comprends alors que l’ensemble de la rééducation va prendre du temps, me forçant à apprendre la signification du mot patience. Dans cette période difficile, je me suis recentré sur moi-même, en particulier grâce au Centre Européen de Rééducation du Sportif (CERS) à Saint-Raphaël (Var). Cet endroit m’a ouvert les yeux. J’étais en fait tellement chanceux de pouvoir me dire qu’un jour je reprendrais le chemin des pistes d’athlé. Certains occupants avec qui je partageais les lieux rêvaient de pouvoir un jour faire du sport. Mais ils ne pouvaient plus marcher.

« Les émotions que l’on vit en tant qu’athlète ne s’achètent pas »

Sans le savoir, ces accidentés de la route, ces personnes âgées et ces blessés de la vie m’ont donné une force incroyable. La confiance revenait. Après une saison presque blanche, j’ai regagné le chemin de l’entraînement en septembre 2017. Je reprends le rythme pendant quelques mois à l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance) avec mon coach. Je ressens tout de même comme une lassitude. Il fallait que je vois autre chose, que je quitte mon cocon parisien. Je demande alors à rejoindre le groupe d’entraînement de Wayde van Niekerk (Afrique-du-Sud), la référence du 400m. Je suis parti un peu plus de deux mois, malgré le fait que Wayde se blesse quelques jours avant que je n’arrive. Découvrir une autre culture et de nouvelles personnes m’a ressourcé. Sur place, la motivation revient grâce à l’entraide générale.

Le retour en France a été brutal, si bien que je décide de repartir pour deux nouveaux mois. À force de répétition, je peux m’aligner sur ma première compétition depuis plus d’un an. Les sensations reviennent. Un chrono en 46,5 secondes me donne beaucoup de confiance. Je reprends goût à l’effort. Un nouveau cycle démarre, et je rentre définitivement à la maison avec des armes supplémentaires.

Dans la tête, j’étais parti. Sauf que ce premier temps n’était qu’un leurre. Je fais le même chrono presque toute la saison, sans jamais l’améliorer. Une mise en garde des médecins me revient progressivement à l’esprit : pour ce genre de blessure, 18 à 24 mois sont nécessaires pour retrouver pleinement possession de ses moyens. J’avais déjà la chance de pouvoir recourir, alors il fallait encore faire preuve d’un peu de patience. Deux ans dans une vie, c’est beaucoup. Deux ans dans une carrière de sportif de haut niveau, c’est juste colossal.

Aujourd’hui, j’ai 30 ans. Je sens que je peux encore faire de grandes choses. Mon hygiène de vie me permet d’être toujours devant, j’en suis convaincu. Pour quiconque veut soulever des montagnes, travailler est la constante. Cette période de retrait dans la hiérarchie des meilleurs français m’a beaucoup appris. J’ai compris que personne n’était intouchable. Rien n’est acquis. Cette blessure, je l’ai presque sentie venir. Je n’étais pas bien dans ma tête, je n’étais plus heureux. Alors des fois, il faut se poser. Et tu te dis que tout ce que tu as vécu ne s’achète pas. Tous ses souvenirs sont uniques, si peu de personnes peuvent les vivre. Courir dans un stade plein, ça rempli d’émotions, comme au Stade de France il y a quelques années. C’est éphémère. Mais ça te rappelle que tout ça, c’est un grand kiffe.

Mame-Ibra.

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Passer de la lumière à l’ombre en seulement quelques mois est une des expériences les plus difficiles à appréhender pour un sportif de haut niveau. A la suite d’une rupture du tendon d’Achille en 2017, le spécialiste du 400 mètres Mame-Ibra Anne l’a subie de plein fouet. S’ensuit alors une longue période de doutes, de joies, de rencontres, pour celui qui tentera de participer à ses premiers Jeux Olympiques en individuel cet été à Tokyo (Japon). Confessions d’un homme qu’une blessure a rendu plus fort.

Mame-Ibra Anne à l'INSEP pour By Athlete
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Mame-Ibra Anne
• Né le 7 novembre 1989, 30 ans
• 400 mètres – Athlétisme

2020, c’est peut-être l’année ou jamais. J’ai vu, vécu et appris beaucoup de choses ces dernières saisons. Alors c’est le moment.

Après les championnats du monde de Doha (Qatar) en octobre dernier, j’ai ressenti une certaine plénitude. Titulaire avec le relais 4X400 mètres, j’ai apporté ma pierre à l’édifice pour le qualifier aux Jeux de Tokyo (Japon) l’été prochain. J’aurais voulu participer en individuel, mais être présent uniquement pour le relais m’a donné une surmotivation pour être à Tokyo. Cette fois, je veux avoir mon nom sur mon dossard. 

« Ne pas pouvoir marcher, un comble lorsque ton métier est de courir »

Je ne connaissais pas le mot « remplaçant ». Pourtant, en quelques mois, je suis passé de meilleur français à athlète quasi-inexistant. Une certaine routine s’était installée, et je réalisais le meilleur chrono tricolore chaque année entre 2013 et 2016. Lorsque tu tiens le haut de l’affiche, repartir de zéro est une épreuve en soi. Mais quelque chose devait se passer. Comme un électrochoc.

Après les Jeux Olympiques sous le Soleil et la chaleur de Rio (Brésil) en 2016, j’ai ressenti comme une décompression. Là encore, je n’avais participé à la compétition qu’avec le relais. Mes performances me permettaient d’être sélectionnable pour les Jeux, mais un rien m’a manqué pour passer les minimas français. Alors j’ai pris part à la fête avec les copains et l’équipe. Dans un premier temps, ne pas courir en individuel ne m’a pas atteint. J’étais heureux d’être aux Jeux. Puis tu rentres chez toi, et reprends l’entraînement.

Pour nous, athlètes, l’avenir se construit en 4 ans. Depuis 2009, je gardais le même rythme, sans me poser des questions ou changer ma façon de faire. Je faisais les choses comme ça, sans réfléchir. C’est à ce moment-là, en octobre 2016, que des douleurs ont commencé à apparaître. Je ne me sentais pas très bien dans mes baskets. Je me laissais porter, sans m’oxygéner l’esprit. La déception de ne pas avoir foulé la piste du stade olympique en individuel resurgissait. L’inévitable est arrivé, 9 mois après Rio. Rupture du tendon direct et réfléchi du droit fémoral. Difficile à dire, encore plus à encaisser. Je ne connaissais pas les blessures. Elles m’avaient épargné, comme un signe du destin. Et pour ne rien arranger, c’était du sérieux. Plus que jamais, l’avenir allait se construire en 4 ans.

J’ai passé 40 jours sans marcher. Ne pas mettre un pied au sol, un comble pour un athlète dont le métier est de courir. Je comprends alors que l’ensemble de la rééducation va prendre du temps, me forçant à apprendre la signification du mot patience. Dans cette période difficile, je me suis recentré sur moi-même, en particulier grâce au Centre Européen de Rééducation du Sportif (CERS) à Saint-Raphaël (Var). Cet endroit m’a ouvert les yeux. J’étais en fait tellement chanceux de pouvoir me dire qu’un jour je reprendrais le chemin des pistes d’athlé. Certains occupants avec qui je partageais les lieux rêvaient de pouvoir un jour faire du sport. Mais ils ne pouvaient plus marcher.

« Les émotions que l’on vit en tant qu’athlète ne s’achètent pas »

Sans le savoir, ces accidentés de la route, ces personnes âgées et ces blessés de la vie m’ont donné une force incroyable. La confiance revenait. Après une saison presque blanche, j’ai regagné le chemin de l’entraînement en septembre 2017. Je reprends le rythme pendant quelques mois à l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance) avec mon coach. Je ressens tout de même comme une lassitude. Il fallait que je vois autre chose, que je quitte mon cocon parisien. Je demande alors à rejoindre le groupe d’entraînement de Wayde van Niekerk (Afrique-du-Sud), la référence du 400m. Je suis parti un peu plus de deux mois, malgré le fait que Wayde se blesse quelques jours avant que je n’arrive. Découvrir une autre culture et de nouvelles personnes m’a ressourcé. Sur place, la motivation revient grâce à l’entraide générale.

Le retour en France a été brutal, si bien que je décide de repartir pour deux nouveaux mois. À force de répétition, je peux m’aligner sur ma première compétition depuis plus d’un an. Les sensations reviennent. Un chrono en 46,5 secondes me donne beaucoup de confiance. Je reprends goût à l’effort. Un nouveau cycle démarre, et je rentre définitivement à la maison avec des armes supplémentaires.

Dans la tête, j’étais parti. Sauf que ce premier temps n’était qu’un leurre. Je fais le même chrono presque toute la saison, sans jamais l’améliorer. Une mise en garde des médecins me revient progressivement à l’esprit : pour ce genre de blessure, 18 à 24 mois sont nécessaires pour retrouver pleinement possession de ses moyens. J’avais déjà la chance de pouvoir recourir, alors il fallait encore faire preuve d’un peu de patience. Deux ans dans une vie, c’est beaucoup. Deux ans dans une carrière de sportif de haut niveau, c’est juste colossal.

Aujourd’hui, j’ai 30 ans. Je sens que je peux encore faire de grandes choses. Mon hygiène de vie me permet d’être toujours devant, j’en suis convaincu. Pour quiconque veut soulever des montagnes, travailler est la constante. Cette période de retrait dans la hiérarchie des meilleurs français m’a beaucoup appris. J’ai compris que personne n’était intouchable. Rien n’est acquis. Cette blessure, je l’ai presque sentie venir. Je n’étais pas bien dans ma tête, je n’étais plus heureux. Alors des fois, il faut se poser. Et tu te dis que tout ce que tu as vécu ne s’achète pas. Tous ses souvenirs sont uniques, si peu de personnes peuvent les vivre. Courir dans un stade plein, ça rempli d’émotions, comme au Stade de France il y a quelques années. C’est éphémère. Mais ça te rappelle que tout ça, c’est un grand kiffe.

Mame-Ibra.

Mais qui est Mame-Ibra Anne ?

A 30 ans, Mame-Ibra Anne n’a peut-être pas encore le palmarès le plus étoffé de l’athlétisme français. Pourtant, le spécialiste du 400 mètres a détenu chaque saison entre 2013 et 2016 la meilleure performance française de la discipline, décrochant au passage deux titres de champion de France. Malgré un record personnel en 45,26 secondes établi en 2015, le natif de Colombes (Hauts-de-Seine) ne se qualifie pas pour les Jeux Olympiques de Rio (Brésil) en 2016. Il vivra tout de même la plus belle des compétitions sportives de l’intérieur en participant au relais 4x400m, demi-finaliste en terres sud-américaines. Une blessure au tendon d’Achille en pleine saison 2017, le coupe brutalement dans sa dynamique. Après de nombreux mois de convalescence, de rééducation puis de retour progressif à la compétition, Mame-Ibra Anne aspire maintenant à réaliser les minimas pour participer aux Jeux de Tokyo (Japon), mais cette fois en individuel.

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Passer de la lumière à l’ombre en seulement quelques mois est une des expériences les plus difficiles à appréhender pour un sportif de haut niveau. A la suite d’une rupture du tendon d’Achille en 2017, le spécialiste du 400 mètres Mame-Ibra Anne l’a subie de plein fouet. S’ensuit alors une longue période de doutes, de joies, de rencontres, pour celui qui tentera de participer à ses premiers Jeux Olympiques en individuel cet été à Tokyo (Japon). Confessions d’un homme qu’une blessure a rendu plus fort.

Mame-Ibra Anne à l'INSEP pour By Athlete
Bandeau de séparation de deux blocs de contenus

Mame-Ibra Anne
• Né le 7 novembre 1989, 30 ans
• 400 mètres – Athlétisme

2020, c’est peut-être l’année ou jamais. J’ai vu, vécu et appris beaucoup de choses ces dernières saisons. Alors c’est le moment.

Après les championnats du monde de Doha (Qatar) en octobre dernier, j’ai ressenti une certaine plénitude. Titulaire avec le relais 4X400 mètres, j’ai apporté ma pierre à l’édifice pour le qualifier aux Jeux de Tokyo (Japon) l’été prochain. J’aurais voulu participer en individuel, mais être présent uniquement pour le relais m’a donné une surmotivation pour être à Tokyo. Cette fois, je veux avoir mon nom sur mon dossard. 

« Ne pas pouvoir marcher, un comble lorsque ton métier est de courir »

Je ne connaissais pas le mot « remplaçant ». Pourtant, en quelques mois, je suis passé de meilleur français à athlète quasi-inexistant. Une certaine routine s’était installée, et je réalisais le meilleur chrono tricolore chaque année entre 2013 et 2016. Lorsque tu tiens le haut de l’affiche, repartir de zéro est une épreuve en soi. Mais quelque chose devait se passer. Comme un électrochoc.

Après les Jeux Olympiques sous le Soleil et la chaleur de Rio (Brésil) en 2016, j’ai ressenti comme une décompression. Là encore, je n’avais participé à la compétition qu’avec le relais. Mes performances me permettaient d’être sélectionnable pour les Jeux, mais un rien m’a manqué pour passer les minimas français. Alors j’ai pris part à la fête avec les copains et l’équipe. Dans un premier temps, ne pas courir en individuel ne m’a pas atteint. J’étais heureux d’être aux Jeux. Puis tu rentres chez toi, et reprends l’entraînement.

Pour nous, athlètes, l’avenir se construit en 4 ans. Depuis 2009, je gardais le même rythme, sans me poser des questions ou changer ma façon de faire. Je faisais les choses comme ça, sans réfléchir. C’est à ce moment-là, en octobre 2016, que des douleurs ont commencé à apparaître. Je ne me sentais pas très bien dans mes baskets. Je me laissais porter, sans m’oxygéner l’esprit. La déception de ne pas avoir foulé la piste du stade olympique en individuel resurgissait. L’inévitable est arrivé, 9 mois après Rio. Rupture du tendon direct et réfléchi du droit fémoral. Difficile à dire, encore plus à encaisser. Je ne connaissais pas les blessures. Elles m’avaient épargné, comme un signe du destin. Et pour ne rien arranger, c’était du sérieux. Plus que jamais, l’avenir allait se construire en 4 ans.

J’ai passé 40 jours sans marcher. Ne pas mettre un pied au sol, un comble pour un athlète dont le métier est de courir. Je comprends alors que l’ensemble de la rééducation va prendre du temps, me forçant à apprendre la signification du mot patience. Dans cette période difficile, je me suis recentré sur moi-même, en particulier grâce au Centre Européen de Rééducation du Sportif (CERS) à Saint-Raphaël (Var). Cet endroit m’a ouvert les yeux. J’étais en fait tellement chanceux de pouvoir me dire qu’un jour je reprendrais le chemin des pistes d’athlé. Certains occupants avec qui je partageais les lieux rêvaient de pouvoir un jour faire du sport. Mais ils ne pouvaient plus marcher.

« Les émotions que l’on vit en tant qu’athlète ne s’achètent pas »

Sans le savoir, ces accidentés de la route, ces personnes âgées et ces blessés de la vie m’ont donné une force incroyable. La confiance revenait. Après une saison presque blanche, j’ai regagné le chemin de l’entraînement en septembre 2017. Je reprends le rythme pendant quelques mois à l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance) avec mon coach. Je ressens tout de même comme une lassitude. Il fallait que je vois autre chose, que je quitte mon cocon parisien. Je demande alors à rejoindre le groupe d’entraînement de Wayde van Niekerk (Afrique-du-Sud), la référence du 400m. Je suis parti un peu plus de deux mois, malgré le fait que Wayde se blesse quelques jours avant que je n’arrive. Découvrir une autre culture et de nouvelles personnes m’a ressourcé. Sur place, la motivation revient grâce à l’entraide générale.

Le retour en France a été brutal, si bien que je décide de repartir pour deux nouveaux mois. À force de répétition, je peux m’aligner sur ma première compétition depuis plus d’un an. Les sensations reviennent. Un chrono en 46,5 secondes me donne beaucoup de confiance. Je reprends goût à l’effort. Un nouveau cycle démarre, et je rentre définitivement à la maison avec des armes supplémentaires.

Dans la tête, j’étais parti. Sauf que ce premier temps n’était qu’un leurre. Je fais le même chrono presque toute la saison, sans jamais l’améliorer. Une mise en garde des médecins me revient progressivement à l’esprit : pour ce genre de blessure, 18 à 24 mois sont nécessaires pour retrouver pleinement possession de ses moyens. J’avais déjà la chance de pouvoir recourir, alors il fallait encore faire preuve d’un peu de patience. Deux ans dans une vie, c’est beaucoup. Deux ans dans une carrière de sportif de haut niveau, c’est juste colossal.

Aujourd’hui, j’ai 30 ans. Je sens que je peux encore faire de grandes choses. Mon hygiène de vie me permet d’être toujours devant, j’en suis convaincu. Pour quiconque veut soulever des montagnes, travailler est la constante. Cette période de retrait dans la hiérarchie des meilleurs français m’a beaucoup appris. J’ai compris que personne n’était intouchable. Rien n’est acquis. Cette blessure, je l’ai presque sentie venir. Je n’étais pas bien dans ma tête, je n’étais plus heureux. Alors des fois, il faut se poser. Et tu te dis que tout ce que tu as vécu ne s’achète pas. Tous ses souvenirs sont uniques, si peu de personnes peuvent les vivre. Courir dans un stade plein, ça rempli d’émotions, comme au Stade de France il y a quelques années. C’est éphémère. Mais ça te rappelle que tout ça, c’est un grand kiffe. 

Mame-Ibra.