21 octobre 2020

Depuis ce lundi 19 octobre, By Athlete change de format.

Parce que vivre le handicap c’est se construire malgré la différence, nous aborderons cette semaine une thématique susceptible de toucher un grand nombre d’entre nous : le regard des autres.

Nous avons rencontré Alice Métais, finaliste du 100m des championnats d’Europe handisport 2018 en catégorie T13. Personnalité haute en couleur et connue pour sa joie de vivre, l’athlète de Tours a tout d’abord grandi en ignorant sa déficience visuelle, puis en subissant les moqueries de ses camarades. Avant de parvenir, enfin, à sourire à la vie et être heureuse.

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, article 1er.

Par ces quelques mots, la première Assemblée Nationale grave dans le marbre les fondements de la démocratie française. A travers ce texte fondamental, les néo-députés déclarent que n’importe quel individu bénéficie des mêmes droits que son voisin, quels que soient son sexe, sa religion, ses origines sociales ou ethniques, ses caractéristiques physiques ou toute autre situation.

Certes, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 est une source d’inspiration pour tous les hommes et les femmes nés à l’intérieur ou en dehors de nos frontières. Pourtant, dans la réalité, les inégalités se sont installées. Sortir du cadre instauré par la société et ses normes non avouées complexifie considérablement la construction de chacun en tant qu’individu. Parce que oui, être une personne en situation de handicap implique encore aujourd’hui « sortir du cadre ».

Se fondre dans la masse

« Oui je me considère comme différente, parce qu’on l’est tous ». Difficile de mieux résumer la situation que le fait Alice Métais, athlète de 19 ans avec qui nous avions déjà eu la chance d’échanger il y a quelques mois. Consciente de posséder une différence que beaucoup voudrait gommer, elle en a fait une force pour se construire: « Quand j’étais petite, je voulais à tout prix être dans la norme. Maintenant, c’est l’inverse: je suis heureuse de ne pas être comme tout le monde. Ce n’est pas que je m’en fous de mon handicap, c’est plus que je vis avec ».

Aujourd’hui, Alice ne considère plus sa déficience visuelle légère (un dixième d’acuité visuelle à chaque œil) comme un handicap. Ce chemin l’a amenée à accepter qui elle était et fut particulièrement long et éprouvant. Alors qu’un diagnostic est enfin posé à ses 8 ans sur les difficultés qu’elle éprouve à vivre, selon elle, « comme les autres », elle tente de se construire avec cette différence: « Quand j’ai appris mon handicap, j’étais petite, donc on me parlait de rétine, de maladie génétique, de handicap, et je ne comprenais pas grand-chose. Je m’en foutais même un peu. Jusqu’au collège et lycée où là ça a changé parce que j’étais victime de harcèlement ».

Le regard des autres est particulièrement rude à supporter et peut même prendre la forme d’insultes et de coups. Un traumatisme, dont les conséquences peuvent être violentes et avoir des répercussions plusieurs années après. Pour Alice Métais comme pour sa meilleure amie Typhaine Soldé, amputée tibiale à la jambe droite à 11 ans des suites d’une tumeur cancéreuse, la dépression guette, comme le confie cette dernière: « Je faisais une fixette sur ça donc forcément j’allais mal. Je suis passée par une phase de dépression, avant être hospitalisée pour réussir à accepter mon handicap ».

Le regard des autres est donc directement responsable du mal-être des deux jeunes femmes: leur vie était construite autour de cette pression dont il est très difficile de s’affranchir. Jusqu’à parfois tenter de rendre invisible son handicap, comme le confie Typhaine: « Jusqu’au lycée, j’avais une prothèse qui ne se voyait pas, et je mettais de la mousse autour pour que ça ressemble à un jambe. Je remarquais que les gens venaient me parler de mon handicap et ça m’agaçait. Je le cachais pour passer inaperçue ».

« J’ai appris à accepter mon handicap »

Pourtant, cette curiosité de la part de camarades de classe ou de passants croisés dans la rue n’est pas forcément malintentionnée ou méchante. La différence suscite l’interrogation et attise les questions, et Alice en est consciente: « J’avais l’impression que tout ce que pensaient ou disaient les autres était forcément vrai. Alors que non ! Cela peut être bienveillant, maladroit ou curieux, sans forcément être méchant. Aujourd’hui, j’arrive à faire la différence entre un regard méchant ou une moquerie, et un regard d’incompréhension, de curiosité ou de bienveillance ».

Une simple question d’appréciation qui peut changer beaucoup de choses.
Pour sortir de ce cercle vicieux, les solutions ne sont pas nombreuses. La plus efficace, certainement, est de prendre du recul, tout en acceptant son corps. Une estime de soi cruciale pour évoluer dans une société où chaque différence compte
.

A découvrir aussi

Pour Alice, le chemin fut long, et est passé par un important travail sur elle-même. La sprinteuse a pris confiance en elle pour enfin s’accepter telle qu’elle est : « Ce qui a changé, c’est que j’ai appris à accepter mon handicap. Le regard des autres me touchait parce que je n’acceptais pas de me regarder en face. A partir du moment où tu acceptes qui tu es, tu en fais une force. Avec Typhaine, on en rigole beaucoup et ça permet de dédramatiser la chose. Il y a moins de gène, parce qu’ils savent que ce n’est plus un problème pour nous ».

Pour aller jusqu’à en rire, débuter le sport fut l’un des facteurs déterminants pour les deux jeunes femmes. En courant, Alice a réalisé qu’être une personne en situation de handicap n’était pas une fatalité. De nouveaux horizons se sont alors ouverts à elle, élargissant considérablement le champ des possibles. Une renaissance pour une athlète dont le potentiel est immense: « Lorsque j’ai commencé l’athlé, j’étais au plus bas. Mes parents m’ont forcé à sortir, à rencontrer des gens, à faire du sport pour avoir une vie de jeune fille normale. J’étais arrivée à un point où j’avais tellement peur des autres que je ne voulais plus sortir de chez moi. Avec l’athlé, j’ai compris qu’il y avait bien pire que moi. Ça m’a permis de relativiser et je me suis prouvée que je pouvais réussir à faire des choses seule. Quand j’ai compris que je pouvais courir sans guide, ça a été incroyable ».

©️ Alice Métais

Comme une résurrection. Depuis, Alice s’emploie à transmettre son message plein de bienveillance et de tolérance dans des écoles. Un moyen selon elle de partager son expérience aux plus jeunes, chez qui les préjugés sont pour ainsi dire inexistants: « Ce qui pourrait vraiment permettre de changer les choses, c’est l’éducation. Pas besoin de faire des trucs de fou : tu apprends à ton enfant à dire « bonjour », et bien tu lui apprends qu’un matin il peut croiser un mec en fauteuil.
L’année dernière j’ai eu la chance de rencontrer des enfants en primaire. J’appréhendais un peu mais ils ont été géniaux. Ils étaient à l’écoute et sans jugement. Je leur ai fait essayer de courir les yeux bandés avec un copain comme guide. Au début c’était n’importe quoi et puis au fur et à mesure, ils faisaient de plus en plus attention à l’autre. Ce jour-là, je me suis rendue compte que c’était à eux qu’il fallait apprendre les choses ».

Depuis ce lundi 19 octobre, By Athlete change de format.

Parce que vivre le handicap c’est se construire malgré la différence, nous aborderons cette semaine une thématique susceptible de toucher un grand nombre d’entre nous : le regard des autres.

Nous avons rencontré Alice Métais, finaliste du 100m des championnats d’Europe handisport 2018 en catégorie T13. Personnalité haute en couleur et connue pour sa joie de vivre, l’athlète de Tours a tout d’abord grandi en ignorant sa déficience visuelle, puis en subissant les moqueries de ses camarades. Avant de parvenir, enfin, à sourire à la vie et être heureuse.

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« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, article 1er.

Par ces quelques mots, la première Assemblée Nationale grave dans le marbre les fondements de la démocratie française. A travers ce texte fondamental, les néo-députés déclarent que n’importe quel individu bénéficie des mêmes droits que son voisin, quels que soient son sexe, sa religion, ses origines sociales ou ethniques, ses caractéristiques physiques ou toute autre situation.

Certes, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 est une source d’inspiration pour tous les hommes et les femmes nés à l’intérieur ou en dehors de nos frontières. Pourtant, dans la réalité, les inégalités se sont installées. Sortir du cadre instauré par la société et ses normes non avouées complexifie considérablement la construction de chacun en tant qu’individu. Parce que oui, être une personne en situation de handicap implique encore aujourd’hui « sortir du cadre ». 

Se fondre dans la masse

« Oui je me considère comme différente, parce qu’on l’est tous ». Difficile de mieux résumer la situation que le fait Alice Métais, athlète de 19 ans avec qui nous avions déjà eu la chance d’échanger il y a quelques mois. Consciente de posséder une différence que beaucoup voudrait gommer, elle en a fait une force pour se construire : « Quand j’étais petite, je voulais à tout prix être dans la norme. Maintenant, c’est l’inverse: je suis heureuse de ne pas être comme tout le monde. Ce n’est pas que je m’en fous de mon handicap, c’est plus que je vis avec ».

Aujourd’hui, Alice ne considère plus sa déficience visuelle légère (un dixième d’acuité visuelle à chaque œil) comme un handicap. Ce chemin l’a amenée à accepter qui elle était et fut particulièrement long et éprouvant. Alors qu’un diagnostic est enfin posé à ses 8 ans sur les difficultés qu’elle éprouve à vivre, selon elle, « comme les autres », elle tente de se construire avec cette différence : « Quand j’ai appris mon handicap, j’étais petite, donc on me parlait de rétine, de maladie génétique, de handicap, et je ne comprenais pas grand-chose. Je m’en foutais même un peu. Jusqu’au collège et lycée où là ça a changé parce que j’étais victime de harcèlement ».

Le regard des autres est particulièrement rude à supporter et peut même prendre la forme d’insultes et de coups. Un traumatisme, dont les conséquences peuvent être violentes et avoir des répercussions plusieurs années après. Pour Alice Métais comme pour sa meilleure amie Typhaine Soldé, amputée tibiale à la jambe droite à 11 ans des suites d’une tumeur cancéreuse, la dépression guette, comme le confie cette dernière : « Je faisais une fixette sur ça donc forcément j’allais mal. Je suis passée par une phase de dépression, avant être hospitalisée pour réussir à accepter mon handicap ».

Le regard des autres est donc directement responsable du mal-être des deux jeunes femmes: leur vie était construite autour de cette pression dont il est très difficile de s’affranchir. Jusqu’à parfois tenter de rendre invisible son handicap, comme le confie Typhaine : « Jusqu’au lycée, j’avais une prothèse qui ne se voyait pas, et je mettais de la mousse autour pour que ça ressemble à un jambe. Je remarquais que les gens venaient me parler de mon handicap et ça m’agaçait. Je le cachais pour passer inaperçue ».

« J’ai appris à accepter mon handicap »

Pourtant, cette curiosité de la part de camarades de classe ou de passants croisés dans la rue n’est pas forcément malintentionnée ou méchante. La différence suscite l’interrogation et attise les questions, et Alice en est consciente : « J’avais l’impression que tout ce que pensaient ou disaient les autres était forcément vrai. Alors que non ! Cela peut être bienveillant, maladroit ou curieux, sans forcément être méchant. Aujourd’hui, j’arrive à faire la différence entre un regard méchant ou une moquerie, et un regard d’incompréhension, de curiosité ou de bienveillance ».

Une simple question d’appréciation qui peut changer beaucoup de choses.
Pour sortir de ce cercle vicieux, les solutions ne sont pas nombreuses. La plus efficace, certainement, est de prendre du recul, tout en acceptant son corps. Une estime de soi cruciale pour évoluer dans une société où chaque différence compte. 

Pour Alice, le chemin fut long, et est passé par un important travail sur elle-même. La sprinteuse a pris confiance en elle pour enfin s’accepter telle qu’elle est: « Ce qui a changé, c’est que j’ai appris à accepter mon handicap. Le regard des autres me touchait parce que je n’acceptais pas de me regarder en face. A partir du moment où tu acceptes qui tu es, tu en fais une force. Avec Typhaine, on en rigole beaucoup et ça permet de dédramatiser la chose. Il y a moins de gène, parce qu’ils savent que ce n’est plus un problème pour nous ».

Pour aller jusqu’à en rire, débuter le sport fut l’un des facteurs déterminants pour les deux jeunes femmes. En courant, Alice a réalisé qu’être une personne en situation de handicap n’était pas une fatalité. De nouveaux horizons se sont alors ouverts à elle, élargissant considérablement le champ des possibles. Une renaissance pour une athlète dont le potentiel est immense « Lorsque j’ai commencé l’athlé, j’étais au plus bas. Mes parents m’ont forcé à sortir, à rencontrer des gens, à faire du sport pour avoir une vie de jeune fille normale. J’étais arrivée à un point où j’avais tellement peur des autres que je ne voulais plus sortir de chez moi. Avec l’athlé, j’ai compris qu’il y avait bien pire que moi. Ça m’a permis de relativiser et je me suis prouvée que je pouvais réussir à faire des choses seule. Quand j’ai compris que je pouvais courir sans guide, ça a été incroyable ».

 

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Comme une résurrection. Depuis, Alice s’emploie à transmettre son message plein de bienveillance et de tolérance dans des écoles. Un moyen selon elle de partager son expérience aux plus jeunes, chez qui les préjugés sont pour ainsi dire inexistants: « Ce qui pourrait vraiment permettre de changer les choses, c’est l’éducation. Pas besoin de faire des trucs de fou : tu apprends à ton enfant à dire « bonjour », et bien tu lui apprends qu’un matin il peut croiser un mec en fauteuil.
L’année dernière j’ai eu la chance de rencontrer des enfants en primaire. J’appréhendais un peu mais ils ont été géniaux. Ils étaient à l’écoute et sans jugement. Je leur ai fait essayer de courir les yeux bandés avec un copain comme guide. Au début c’était n’importe quoi et puis au fur et à mesure, ils faisaient de plus en plus attention à l’autre. Ce jour-là, je me suis rendue compte que c’était à eux qu’il fallait apprendre les choses ».

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Emmanuelle.

Il est aussi grand que Le regard des autres. Le regard des autres. Je deviens Le regard des autres. Nous serions Le regard des autres. Peut-être un jour il aura son jour de chance. En revanche je veux devenir Le regard des autres. Une boite de lunette détient le grand Le regard des autres. Attention aux impératifs complète Mary. Le regard des autres n'est autre que moi.

Mais qui est Alice Métais ?

Alice Métais, 18 ans, est une athlète membre du Pôle Espoirs handisport de Saint-Cyr-sur-Loire. Spécialiste du 100, 200 et 400 mètres, elle pratique l’athlétisme depuis 5 ans. En 2018, alors qu’elle n’a que 16 ans, Alice participe à ses premiers championnats d’Europe à Berlin en Allemagne. Elle court dans la catégorie T13 des déficients visuels légers. Elle n’est ainsi pas aidée d’un guide, et dispose des mêmes règles que les valides.